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unlovable mess // ♥

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IS IT TOO LATE NOW TO SAY SORRY ?
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2016-02-07, 15:40



ft. côme
&
everything that you thought I’d hate.
Tu n'aimes pas les bus. Tu n'aimes pas les transports en communs, t'aimes pas l'odeur des autres quand ils sont stressés quand ils se collent à toi mais qu'ils ne veulent pas oh qu'ils ont ce regard blasé dégoûté mais qu'à la fin ils s'en foutent -parce que c'est comme ça, parce que ça a toujours été comme ça et que ça le sera encore longtemps. Mais surtout, Somnifère, t'aimes pas tout ça parce que quand tu regardes par la fenêtre, il y a un reflet. Il est un peu étrange -effacé, peut-être- et la ville lui glisse dessus oh te fait comprendre que tu n'es pas grand chose. Que tu n'es pas vivant pour longtemps.
Tu n'aimes pas la mélancolie qui s'échappent des bus, des chauffeurs qui gueulent sur le jeune qui met sa musique un peu trop fort oh de l'ado qui laisse sa place à la vieille parce que c'est bien mais au fond qui s'en fout qui s'en fout qui s'en fout. T'aimes pas les gens obligés de cohabiter en société parce que tout est construit sur des choses qui ne tiennent pas debout et toi, toi, toi. Toi, là. A taper dans du sable plutôt que donner ta force à la construction de cette tour de Babel. ((et pourtant, comme tu aimerais les voir se disperser, comme tu aimerais cette satisfaction d'avoir raison))((et pourtant, comme tu aimerais les voir continuer, comme tu aimerais avoir tord et tuer le Minotaure))((tuer les Arianes diaphanes les Thésées lésés et tout ceux qui se sont fait couler))
Mais tu restes là. Tu sors, emporté par la foule -il y a des gens occupés, ils courent et tu les gênes alors tu lâches des désolés et oh, tu l'es sûrement. Tu l'es toujours. Peut-être pas pour les bonnes raisons.
Mais tu avances. T'es venu avec un objectif au fond de ton cerveau et des vêtements pliés dans ton sac ; tu te sens un peu stupide devant le bâtiment mais tu soupires et tu changes de mitaines, et tu mets de cette poudre sur tes doigts pour ne pas non plus trop glisser, mais tout est si mécanique si mécanique, même quand tu commences à grimper -tu ne regardes même pas où tu vas, tu montes. Tu montes. Et il est là, ce balcon, et tu ne sais pas si tu le détestes ou non.
Oh, tu ne sais pas grand chose, Somnifère.
Il y a ta capuche sur tes cheveux -ils sont devenus noir corbeau, comme pour te débarrasser d'une peau qui n'était plus la tienne comme pour te rappeler que tu n'es pas si intensément blanc- et tu n'attends pas longtemps. Tu sors les vêtements, plus ou moins pliés ; tu sors aussi le mot que tu as écrit et tu le scotche sur la vitre. Encore merci. Oh, tu aurais pu rajouter bien d'autres choses. ((mais à quoi bon, à quoi bon))




ACCISMUS
&
ANOESIS

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2016-02-07, 18:54
Quiconque te rencontre pour la première fois pourrait s'attendre à ce que tu mènes une vie typique de cadre d'entreprise. Tu as la tête de ceux qui se lèvent tôt le matin et rentrent tard le soir pour se dévouer totalement à leur boîte. Leur vie est creuse ; leur existence n'a de sens que dans la mesure où elle profite à l'employeur. Exploités, déshumanisés, oubliés par le reste du monde : tel est le prix à payer pour être un homme en costume. Et, au fond, c'est le genre de vie que tu aurais dû mener. Mais tu n'as pas conscience que ta situation est peut-être un peu plus enviable à présent que tu as été détourné de ce futur. Tu es libre, Côme. Ces entraves que tu perçois, ce sont celles que tu t'imposes. Tu pourrais faire ce que tu désires de ce temps qui t'est alloué, mais tu t'échines à le gaspiller. Il est treize heures ; tu aurais le temps de faire tant de choses, de t'arrêter juste un instant pour savourer le simple fait d'être en vie. Tu pourrais aller te promener, profitant du fait qu'il ne pleut pas pour t'aérer l'esprit. Tu pourrais faire une folie et manger quelque chose de bon - même si ça porterait certainement atteinte à l'intégrité physique de ton porte-monnaie, peu importe. Tu pourrais aller faire les magasins, pour diversifier un peu ta garde-robe si terne et si convenue. Et des milliers d'autres choses encore. Même t'asseoir sur un banc et observer les feuilles voler au vent, et les passants se perdre dans les tourbillons de l'existence, et le soleil faiblir lentement face à la nuit. Tant de choses possibles, et tout ce que tu trouves à faire, c'est de retourner chez toi, pour ne pas perdre de temps, précisément.
Ton programme est très simple. Tu comptes manger, puis, si aucune affaire ne te retient, comment cela semble être le cas pour le moment, tu joueras à l'étudiant, essayant de développer de nouvelles combines, de trouver de nouvelles failles dans ces systèmes prétendument bien rodés. Tu désires trouver la fente dans laquelle t'insérer, cet espace que nul ne pourra jamais combler et dont on ne se préoccupe guère car on pense que nul ne trouvera. A aucun moment tu ne penses à toi, Côme. Cela n'a rien d'inhabituel. Mais peut-être, ces derniers temps, essaies-tu plus que de raison de trouver une occupation qui te détournera de tes pensées. Tu sais pertinemment ce qui arrivera si tu laisses ton esprit vagabonder - et non, tu n'as pas envie d'y songer. Tes faiblesses te dégoûtent trop.
Arrivé chez toi, tu prends le temps de passer dans ta chambre pour changer d'habits avant de faire quoique ce soit. Tu compartimentes ta vie, et cela se traduit dans ta garde-robe. Tu as fait une exception, la dernière fois, parce que c'était lui - parce qu'un regard était posé sur toi, et que dans le fond, tu restais le Côme du dehors, celui qui est plongé dans les interactions sociales. Il n'y a personne chez toi, et tu n'as guère envie de faire un mauvais pli à ton costume - ou pire encore, imagine qu'en cuisinant, une tache se forme. L'angoisse. Tu choisis donc de porter une chemise un peu plus décontractée, de couleur grise car tu ne fais pas dans l'originalité (et cela te fait toujours un peu bizarre de ne rien porter dessus, mais tu t'y es habitué) et un pantalon fuselé qui n'est absolument pas à la mode de 3001, mais que tu aimes quand même malgré tout (car tu as aussi quelques péchés mignons en matière vestimentaire, même si tu ne l'avoueras pas forcément). Tu passes un instant devant le miroir de la salle de bains pour te donner un coup de peigne (inutile). Puis, avec un sourire, tu t'apprêtes à passer dans la cuisine.
Pour ce faire, tu dois d'abord traverser ton salon, celui qui mène vers le balcon. Et, comme d'habitude, tu poses les yeux vers ledit balcon ; c'est devenu un automatisme, même si tu souhaiterais te défaire de cette habitude, car ton cœur se serre à chaque fois. Tu te dis qu'il vaut mieux oublier. Il n'a jamais dit oui. Il ne le dira sans doute jamais. Et cela ne sert à rien de continuer de dévorer ton balcon du regard. Ce n'est pas comme si tu allais le voir et...
Hallucination.
La plupart des gens, en voyant un inconnu sur leur balcon - balcon se situant à plusieurs étages de hauteur, tout de même -, crieraient au voleur. Curieusement, cette pensée ne t'a même pas effleurée. Peut-être en partie parce que tu ne considères pas totalement ces biens comme les tiens, ou plus certainement parce qu'avec le peu de possessions que ton appartement rassemble, tu ne vois pas pourquoi on irait te voler toi alors qu'il y a certainement de meilleures cibles dans l'immeuble. Au contraire, ton cœur bat plus fort, mais ce n'est pas de la peur. Oui, il y a bien un type habillé tout en noir sur ton balcon, mais tu sais que c'est lui. Tu n'as même pas besoin d'apercevoir le rose fluo de ses baskets pour t'en convaincre. C'est lui. Tu restes un instant immobile, à le regarder faire, terrassé. Tu avais l'impression que c'était fini, que tu ne le reverrais plus jamais. Mais il est trop instable pour toi, il échappe à ta logique, il te surprend au moment où tu t'y attendais le moins. Et tu n'es pas prêt, bon sang. Tu es habillé n'importe comment. (Te rappelles-tu, Côme ? Il y a quelques temps, tu le trouvais affreusement mal habillé, et tu te considérais comme l'incarnation du bon goût. Même dans cette tenue, tu n'aurais ressenti aucune gêne et tu l'aurais méprisé pour ses habits. A présent, tu ne trouves rien à redire de son jogging alors même qu'il ne te plaît pas. Seule la laideur de ta mise te paraît un affront à votre seconde rencontre.) Tu ne sais pas quoi faire, pas alors qu'il s'approche de ta vitre - et tu as peur qu'il te voie, alors tu te décales un peu.
Mais il n'essaie pas de l'ouvrir, il colle juste un papier - et tu grimaces parce que le scotch va laisser des traces sur la vitre, et bon sang, qu'est-ce que tu détestes nettoyer, c'est un travail de domestique que tu es obligé d'accomplir par toi-même et cela te dégoûte -, avant de se retourner. Et tu comprends. Qu'il va s'en aller encore. Qu'il va couper les ponts avec toi. Ou peut-être est-ce plutôt que tu extrapoles et que tu n'envisages pas un seul instant qu'il ait envie de te parler. Sinon, il aurait sonné à ta porte, non ? Persuadé que tu vas le perdre, tu te rues sur la porte-fenêtre. Comme tu détestes cette situation, dans le fond. Tu ne sais pas où le joindre, et lui sait où tu habites. Tu es forcé d'attendre qu'il daigne te voir, et l'attente te tue. D'autant plus que tu es à peu près certain qu'il l'ignore totalement. Comment pourrait-il être conscient de cette agonie que tu caches aux yeux de tous avec brio ? Vraiment, Côme, tu devrais déménager, faire quelque chose pour lui prouver que tu peux décider toi aussi. Sauf que tu ne le feras pas, lâche. Pas alors que cet appartement est la seule chose qui vous relie tous les deux.
Tu ouvres la porte et ton regard glisse rapidement sur le petit papier - deux mots seulement, deux mots qui sonnent comme un adieu définitif. Ton sang se glace. Tu aperçois un petit tas de vêtements, mais tu leur prêtes à peine attention ; seul compte l'homme qui se tient sur ton balcon, ne s'attendant visiblement pas à te voir débarquer.
« Alex. » Tu murmures son prénom. C'est drôle, maintenant que tu es en face de lui, tu ne sais pas quoi dire ; mais tu as conscience que ton affection est un peu gênante. Tes yeux sont attirés par ses cheveux : cette fois-ci, ils se mêlent totalement à sa capuche, et même si tu avais compris qu'il était du genre à se teindre les cheveux, tu ne l'aurais jamais imaginé changer du tout ou tout. Curieusement, cela lui va bien. Tu observes sa chevelure un peu trop longuement ; puis ton regard descend vers son visage. C'est bien lui.
Et tu ne sais pas quoi faire, parce que tu as réagi à l'instinct - et tu ne le fais jamais, Côme, tu es trop réfléchi ; tu improvises mais uniquement sur scène. Ici, dans la vraie vie, ton champ d'action te paraît si limité.
Alors tu lui dis la seule chose qui te paraît sensée :
« Tu n'es pas venu pour me voir, n'est-ce-pas ? »
Est-ce de la déception qui teinte ta voix grave ? Oui, sans doute. Tu te sens terriblement honteux. Courir pour le voir, lui. Qu'est-ce qui t'arrive, au juste ? Tu as beau te répéter qu'Alex est presque un inconnu, tu n'arrives pas à t'en convaincre. C'est ton ami. C'est certain. Et ce qu'il pourrait être de plus ne l'est pas, mais peu importe. Tu voudrais simplement qu'il te reconnaisse comme un camarade. Cela te semble presque impossible, en cet instant.
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IS IT TOO LATE NOW TO SAY SORRY ?
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2016-02-07, 19:42



ft. côme
&
It feels like I'm falling, yeah // I can hear them calling for me // Never look back, never give up
Il y a tes yeux qui veulent s'attarder sur les détails sombres de son appartement vide mais il y a aussi ta tête qui te dit de t'en aller au plus vite. Oh, ça t'arrive souvent, de ne pas être d'accord avec toi-même, ce n'est pas trop un problème généralement -ni même entrer en effraction chez quelqu'un, ça ne t'avait même pas effleuré l'esprit que ça pouvait être légèrement mal. Enfin. Ça te ressemblait bien, à la fin.
Et puisque tu arrives si bien à te contrôler, tu te retournes déjà. Tu phases quand tu dois repasser au-dessus de cette barrière -ça te rappelle un moment étrange, somme toute ; un moment où tu ne voulais pas sentir ton cœur battre un peu trop vite // du moins pas comme ça pas comme ça pas comme ça. Alors tu le fais, comme pour te prouver que tu peux encore te sentir vivant en faisant l'idiot.
Mais ce qui fait accélérer ton rythme cardiaque, c'est ce bruit de porte qui s'ouvre. Ah, Somnifère. Tu crois que tu imagines des bruits et oh, tu as déjà assimilé qu'en effet tu voulais qu'elle s'ouvre ; mais quoi ? est-ce que tu vas t'excuser encore une fois ? est-ce que tu vas le faire se refermer encore une fois ? est-ce que tu
Alex.
Et personne ne t'appelle Alex si ce n'est un vieux fantôme dans un lit d'hôpital mais oh il ne l'a plus dit depuis tellement longtemps que tu ne sais plus vraiment ce que c'est, de se faire appeler avec de la douceur sur la langue oh d'aimer son prénom parce qu'il est dans la bouche d'autres personnes ((et qu'ils le disent avec tant d'affection tant d'affection tant d'expiation // et qu'ils pardonnent tous tes tords tous tes mensonges et tes erreurs)) Alors tu t'immobilises, de l'autre côté de la barrière. Ça serait si facile, de l'endormir et de disparaître ; ça serait si facile mais ça serait de te mentir que de dire que tu n'espérais pas le voir, lui, ou rien qu'une ombre qu'une trace. Tu te retournes, forcément, et oh. Sa prestance te frappe bien plus que la première fois, et peut-être était-ce parce qu'il ne t'intéressait pas tant que ça, avant ; regarde-toi, maintenant. Accroché à ses cheveux qui ne portent plus ta marque, pendu au bout de ces lèvres qui ont su dire ce nom d'une telle manière -tu te sens à l'étroit dans ton jogging dans ton corps oh comme si les traits de tes tatouages t'étranglaient sous la peau sous tes muscles ; respire, Somnifère. Respire, ne te concentre pas sur les grains de sa voix grave pas sur ses sourcils froncés ni même sur cette chemise taillée pour lui, serre tes mains sur cette rambarde et sens le froid à travers tes gants. Et réponds. Mais réponds bien.
Je. Peut-être. Je ne sais pas. C'était pas l'objectif principal, pour sûr. Tu ne vois pas l'intérêt de mentir et peut-être qu'il verra, dans ta voix, les et peut-être qu'il y avait dans ta tête quand tu es revenu par ici. Tu te sens de nouveau un peu stupide, pendu à côté du vide, alors tu remontes sur le balcon -il y a ton cœur qui bat fort fort fort mais ce n'est plus l'altitude. Ça ne l'a jamais été. Côme. Et comme le menteur que tu es, tu t'appuies sur cette satanée rambarde en une décontraction parfaite mais qui n'a rien de vrai. Tu soulèves ta capuche, enlèves tes gants -une manière de dire je reste et tu ne sais pas si c'est une bonne chose ou non. Il y a encore de la poudre d'escalade sur tes doigts ; tu claques tes mains pour la faire voler un peu plus loin. T'aimes bien ? Tu pointes tes cheveux qui ont changés du tout au tout -il l'avait dit lui-même, t'as jamais été un mec très stable. Ça devait faire quoi, deux semaines ? Deux semaines, pendant lesquelles tu n'arrivais plus à te regarder dans le miroir, pas avec cette tête cette allure oh le reflet de celui qui a laissé tomber quelqu'un. De celui qui s'en veut mais ne sait jamais réparer.




ACCISMUS
&
ANOESIS

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2016-02-07, 20:51
C'est sans doute de ta faute, sans doute parce que toi, tu en demandes trop, et qu'il n'est pas prêt à te donner quoique ce soit. D'habitude, tu arraches aux autres ce que tu désires. Tu ne leur demandes pas leur avis. Le sien compte, en revanche. L'idée qu'il puisse t'offrir un peu de sa présence, un peu de lui, t'affole tellement que tu te prends à espérer. Qu'il est doux de rêver. Et s'il était venu pour toi, finalement ? Et s'il ressentait cette même attraction incontrôlable, ce besoin de retourner vers quelqu'un de si différent qu'il y trouvera l'apaisement ? Est-ce si grave d'y croire quand tu le vois s'arrêter alors qu'il s'apprêtait à partir, alors que son souffle semble aussi aléatoire que le tien - à vous deux, vous pourriez composer une mélodie faite d'air et de non-dits. Tu as envie de lui dire de ne pas partir ; tu pourrais le supplier de ne pas te laisser seul une seconde fois - et de ta part, c'est comme une déclaration, tant ta fierté te pousse à ne jamais reconnaître que tu puisses souffrir de la solitude, oh non, certainement pas de cela. Tu n'oses même pas lui demander de répondre à ta question.
Tout ce que tu sais, c'est que s'il t'ignore et s'en va, tu seras brisé en mille morceaux.
Et s'il te répond mais te quitte quand même, tu ne sais pas si tu vas t'en remettre.
Mais.
Cet espoir renaît quand il te sort une de ces bizarreries inhabituelles - ni oui, ni non, ça lui ressemble bien. Sauf que cette fois, il revient sur le balcon - il revient vers toi. L'espace d'une seconde, tu oublies de respirer. Il reste. Comme pour te récompenser d'avoir osé sortir sur ton balcon sans crier gare - comme pour t'encourager à prendre plus de risques, avec lui. Tu l'as déjà compris, Côme ; avec lui, rien ne sera de tout repos. Il te sortira de ta zone de confort, il te plongera dans un autre monde dont tu ne maîtriseras pas les codes ; et, pour ne pas te noyer, tu devras t'accrocher à lui, lui accorder toute ta confiance. Si cela peut te rassurer, la réciproque est sans doute vraie. Alex n'a sans doute jamais eu l'occasion de rencontrer un Côme ; un gentleman bien élevé, et un dilettante à l'âme mauvaise ; un homme d'affaires accompli, et un escroc ignoble. Bien sûr, tu ne t'en rends pas compte ; tu n'as aucune idée de l'attraction que tu peux toi-même exercé, tu ne sais pas que l'on peut être fasciné par ton vrai toi - et non par ton personnage de lumière. Plus tu y songes, moins tu te trouves intéressant - tu es si faux. Alors que lui... jamais tu n'as rencontré quelqu'un d'aussi franc, d'aussi déconcertant. Comme si tu désirais, au final, qu'il te bouscule. Comme si tu voulais t'accrocher à lui comme à une bouée.
Il t'appelle par ton prénom, et tout à coup tu es frappé par cette révélation : tu ne l'avais encore jamais entendu prononcer ton prénom. Jamais il ne t'a appelé Côme, comme si c'était un interdit, ou que tu ne le méritais pas. Tu ne te rends pas compte que ton prénom prononcé par lui produit sur toi le même effet que quand tu l'as appelé ; tu es bien trop occupé à essayer de garder la face, à ne pas lui montrer ton trouble. Tu sais cependant que ce trouble doit transparaître sur ton visage, juste un instant - mais juste assez pour que ce soit remarquable. Mais quel idiot. Qui donc se sent transcendé lorsqu'il entend son prénom prononcé par des lèvres familières ? Sa façon de le prononcer est teintée d'un léger accent - il y a toujours eu deux prononciations à ton prénom, celle de l'extérieur influencée par la langue anglaise, et celle de ta famille qui ne pouvait s'empêcher de trouver cela plus élégant de le prononcer à la française ; mais va savoir pourquoi sa façon de le prononcer est unique. Côme. Tu n'as jamais tant aimé ton prénom qu'en cet instant.
A présent qu'il a repoussé ta capuche, tu as une meilleure vue de sa chevelure. Elle a beau avoir changé de couleur, elle te semble connue. Tu as envie d'y plonger les doigts, juste pour savoir si leur toucher sera différent.
« Tu es beau. » : lâches-tu sans même te rendre compte de ce que tu fais.
Oh la, attends, Côme. Il t'a demandé si tu aimais bien, pas s'il te plaisait. Parce qu'il n'est pas beau, bon sang ; pas selon tes critères. Il est trop grand (tu détestes les gens plus grands que toi, ils te regardent de haut), trop maigre, trop pâle, et son visage n'a aucun intérêt. Qu'est-ce que tu trouves beau, là-dedans ? Dans le fond, si tu essaies de parler objectivement, tu ne sais pas. Les cheveux noirs lui vont bien, comme les cheveux platine ; mais sans doute préférerais-tu une teinte plus nuancée. Mais subjectivement, en revanche...
Tu te racles la gorge, essayant de mettre de l'ordre dans tes pensées.
« Eh bien, puisque tu es là et que tu m'as vu, tu pourrais peut-être... rentrer ? Sauf si tu as à faire. Je suis libre, cet aprem, alors... »
Et ta voix se brise avant de commettre des dommages irréparables. « Aprem » ? Depuis quand utilises-tu un mot aussi vulgaire, aussi plébéien ? Ne me dis pas que tu commences déjà à être contaminé, Côme. Tu fais toujours attention à ta manière de parler, et tu ne l'as croisé qu'un jour, il y a deux semaines. Pourquoi un tel tic de langage ? Ça te perturbe tellement que tu ne te rends même pas compte que tu viens de décider que tu serais libre cet après-midi. Toi qui désirais ne pas perdre de temps, voilà que ton seul souhait, désormais, c'est de le passer avec lui.
Et peut-être plus que l'après-midi, d'ailleurs.
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2016-02-07, 21:42



ft. côme
&
i've been trying to stay out // but there is something in you i can't be without
C'est étrange, deux inconnus qui s'appellent par leur prénom. Pour ceux qui se connaissent déjà, c'est différent -il y a le poids de tout ce qu'ils ont vécu ensemble oh les fantômes des déceptions des rayures sur le miroir mais aussi des rires des sourires et des étreintes ; mais vous. Vous, il n'y a que votre fascination pour façonner vos souffles, que du feu pour réchauffer vos regards, que ce magnétisme pour vous rapprocher et vous séparer en un instant. Oh, il n'y a que vos ressentis dans ces sons rauques que sont vos noms -tu n'avais jamais fait attention à la profondeur de sa voix. A tout ce qui se noie dedans, à tout ce qui est resté sans lumière pendant trop longtemps, tout au fond. Tout au fond. Et tu sais que vous avez le même air sur le visage oh juste différemment mis en place mais qu'importe - ça serait inutile de prétendre que ça ne te fait rien. Ça serait inutile de cacher ça quand tu sens qu'il le sait déjà.
Et tu le croirais presque, mais tu ne t'es jamais trouvé beau. Parfois, quand ton esprit s'en va un peu trop loin, tu te demandes si tu es une oeuvre d'art ; si ta peau est une toile et si le reste n'est qu'accessoire, si tes yeux sont galaxies et tes cheveux fantaisie -mais tu n'es pas beau. Quand tu te vois dans le miroir, il n'y a que de la maigreur de la blancheur des fragilités qui n'ont pas lieu d'être et une face que même toi tu as envie d'arracher. Tu t'horripiles toi-même. C'est peut-être bien pour ça que tu changes si souvent, pour ça que tu te peins d'autres histoires sur le corps, comme pour effacer celle que tu ne veux pas raconter. Comme pour qu'on se concentre sur autre chose que toi ((oh, parce que c'est toi sans être toi // parce que c'est bien plus toi-même que ton corps ne le sera jamais))
Tu n'es pas beau. Et pourtant, il te donne presque envie d'y croire, presque envie d'essayer. Tu souris. Simplement. Il n'y a pas de dents qui dépassent, pas d'air suffisant ; c'est un de ces sourires d'enfant, de ceux qui ne sont pas convaincus mais qui remercient quand même.
Ton sourire ne se fane pas. Oh, il ne fleurit pas non plus -il est presque en dormance, incapable d'évoluer sans stimuli et de retomber sans s'abandonner. Mais tu vois les efforts qu'il y met oh c'est étrange de tant vouloir faire avancer les choses alors que le cours des choses ne vous a pas destiné l'un à l'autre -oh c'est étrange étrange de se débattre pour faire son propre chemin, de choisir ses compagnons de route d'être implacable, de marcher à contre-courant parce qu'on pense que ça peut nous être profitable.
Ça fait deux semaines et tu n'es pas plus prêt. Mais tu ne peux pas lui dire non. ((pas avec ce regard cet air hagard, ces mots animaux anormaux marginaux et cette voix cette voix cette foi))
Merci. Tu te redresses -tu en avais presque oublié votre différence de taille si significative. Ça te fait sourire, ça aussi. Je- j'ai rien non plus. Enfin, si, mais ils peuvent bien se passer de moi une demie-journée. Au pire je bosserai cette nuit. Ou autre. Je sais pas, je trouverai bien. Tu ne sais pas tu ne sais pas mais tu sais déjà qu'on t'engueulera quand tu reviendra, mais tu sais déjà que parfois il y a des choses plus importantes et que tu ne pouvais pas tu ne pouvais pas le laisser là. Pas encore une fois. Alors tu es honnête ; tu lui dis, comme pour signaler ce que tu sacrifie. Comme pour signaler que tu le choisis au lieu d'autres choses plus futiles. Comme pour te racheter de la dernière fois.




ACCISMUS
&
ANOESIS

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2016-02-07, 22:48
Si tu observais un peu plus attentivement, Côme, comme tu le fais d'habitude...
Tu verrais un monde dont tu n'as jamais soupçonné l'existence. Tu verrais des émotions que tu n'aurais jamais cru possible d'éveiller chez quelqu'un, des attentes créées sans que tu ne le veuilles, de doux rêves qui n'ont jamais été aussi réels. Tu as toujours désiré être seul - jusqu'à ce que tu le rencontres. Ça fait deux semaines que tu commences à te sentir triste, seul dans ton appartement. Ce n'est pas une angoisse, comme une pression sur la poitrine ou une sensation de manque ; c'est quelque chose que tu n'arrives pas à comprendre, comme si tu avais conscience d'une réalité parallèle où tu pourrais vivre autrement, comme si ton mode de vie n'était finalement pas la norme - ô pensée révolutionnaire - et que tu aurais pu faire d'autres choix, de meilleurs choix. Peut-être es-tu simplement en train de comprendre que l'unité de compte de ton existence ne doit pas être une monnaie, mais ton bonheur. Peut-être comprends-tu que tu ne parviendra pas à l'obtenir seul. Pendant deux semaines, tu as été perclus de regrets.
Tu verrais un monde dans lequel Alex aurait une place - parce qu'il t'en laisserait peut-être une, et que tu en ferais de même. Un endroit à ta mesure, à la sienne aussi. Pourquoi ne dis-tu pas clairement les choses, Côme, au lieu de hurler en silence ? Pourquoi ne lui dis-tu pas ce que tu penses vraiment - que tu apprécies sa compagnie, que tu as l'impression d'avoir plus appris en quelques heures à ses côtés qu'en vingt-deux ans, qu'il a cassé quelque chose en toi et reconstruit par dessus, que tu es un chantier par sa faute, que tu ne veux plus de cette solitude trop lourde à porter.
Mais non, ce serait trop dur, n'est-ce-pas ?
Tu aurais besoin d'une éternité pour tout dire, et ton temps est compté.
Tu te rends compte, trop tard, que tu n'aurais peut-être pas dû lui proposer de rentrer. Parce qu'il a encore l'occasion de dire non. Pourquoi essaies-tu de lui laisser cette ouverture, pourquoi n'essaies-tu pas de te battre un peu ? Quel manque de combativité, toi qui as toujours refusé de te laisser abattre. Regarde où tu en es arrivé avant ; quand tu t'es retrouvé à la rue, tu avais sans doute encore moins que lui. Maintenant, tu es sans doute riche à tes yeux, aisé aux yeux de la société - et ta fortune ne te suffit certainement pas. Pourquoi est-ce que tu n'essaies pas plus, Côme ? pourquoi passes-tu ton temps à regretter, à cacher, à attendre ?
Quel soulagement pour toi, quand il te dit qu'il peut rester - au détriment de son travail, certes, mais il trouvera une solution. Et un poids dont tu n'avais pas conscience s'ôte de tes épaules. Cette fois, ce n'est pas un non. Ce n'est pas tout à fait un oui - mais presque. Et ton regard s'illumine d'une joie infantile, pure - la même que celle qui tire ses lèvres dans un sourire magique. Tu t'approches de lui, tu lui prends le bras doucement, et tu lèves tes yeux pétillants vers lui.
« Qui qu'ils soient, tu as sans doute plus l'occasion de les voir que moi. »
L'air de dire : ce n'est pas une grande perte. Tu le penses vraiment, Côme. Il n'y a pas grand-monde qui t'arrive à la cheville, de toute façon ; ta compagnie vaut mieux que celle de nombreux prolétaires qui peuplent cette ville, peut-être même de tous les chefs d'entreprises, rentiers, artistes reconnus qui dominent la vie d'Equilibrium. Même si, sur ton échelle de valeurs, tu as tendance à placer Alex plus haut que toi, aussi absurde que cela puisse pareil. La force de l'authenticité, dira-t-on.
Tu le tires légèrement, puis tu le lâches, espérant qu'il te suivra. Te voilà déjà au niveau de la porte-fenêtre ; tu souris, tu te penches pour soulever la pile de vêtements - dans ta tête, tu t'étais toujours dit que tu les nettoierais si jamais il te les rendait, pour effacer toute trace de misère ; mais leurs plis lui ressemblent, et voilà que tu te décides à les ranger ainsi dans ton dressing, sans y toucher plus, sans même savoir si tu seras capable de les porter à nouveau un jour - et tu lui désignes le mot scotché à ta vitre.
« Et de rien. C'était un plaisir. »
Tu rentres à nouveau, le temps d'aller ranger ces vêtements à leur place dans le dressing - encore que tu les changes de place, ils occupent désormais une étagère à eux tout seul -, et tu reviens vers Alex. Il est déjà venu chez toi, mais curieusement, cette fois c'est différent. Cette fois, tu te sens un peu plus gêné, un peu plus conscient de tes possibles manquements. T'efforçant d'être un peu plus courageux cette fois, tu lui désignes la cuisine.
« C'est l'heure du déjeuner, je vais cuisiner. Si tu n'as pas encore mangé, je peux en faire plus. Tu m'as bien fait découvrir ta pizza, après tout. Mais je te préviens, je ne cuisine pas très bien. J'ai dû apprendre quand on a perdu notre cuisinier, et je ne veux pas en engager un tant que je n'aurai pas des revenus plus stables. »
Tu sors cela tout naturellement, comme si employer un cuisinier était monnaie courante - mais ça l'est sans doute pour toi, de toute façon, il faudra bien qu'il s'habitue à cette façon de penser. Au fait que tu as l'habitude d'avoir du personnel à tes côtés ; que les gens de ta qualité ne cuisinent pas. Dans les faits, tu es meilleur cuisinier que tu ne le penses, mais tu es bien trop exigeant pour toi-même. Tu envisages vraiment d'employer quelqu'un un jour. Et une femme de ménage. A condition que tu remplisses ton objectif, au préalable. Sinon, il va bien falloir que tu continues à te nourrir par tes propres moyens.
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2016-02-08, 17:44



ft. côme
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going on up in flames // and you're to blame
Tu trouvera bien. Parce que tu trouves toujours quoi dire, comment mentir. Parce que tu trouves toujours comment refuser oh comment les faire se détester eux-mêmes plutôt que toi -et ça ne te dérange pas la plupart du temps parce que tu penses que tu les aimes assez pour que ça n'ait pas d'importance ((égoïsme égoïsme égoïsme teinté d'héroïsme terroriste)) mais Côme.
Et ses yeux qui brillent oh de ce sourire que tu avais promis de lui coller sur le visage -est-ce que c'est si étrange de vouloir lui répondre ? de vouloir le garder pour soi ? de sentir ses doigts à travers la fabrique oh -est-ce que c'est votre premier contact aussi doux aussi lent aussi normal // primordial // idéal ? Tu ne sais pas, mais Côme.
Tu souris à sa remarque à cette candeur que tu n'avais pas remarqué et oh il y a ces fils tout autour qui se cassent les uns après les autres ; ils chutent chutent mais sans toi en eux et ça fait du bien d'avoir l'impression de ne pas couler de savoir nager oh de respirer respirer respirer. Mais ce qu'il dit, c'est si étrange ; mais Côme Côme Côme.
Côme et cette suffisance comme une cape comme une armure non pas parce qu'il a peur que personne ne l'apprécie mais oh comme pour se rappeler qu'on l'aime et qu'il doit s'aimer aussi : Côme et ces manières enfantines et ces sourires d'étoiles et ces impatiences et ces froncements de sourcils ; Côme et sa manière de dévier les tirs pour les enfoncer encore plus dans son cœur Côme Côme Côme comme pour saigner assez pour ne plus avoir besoin de cruors d'hémoglobine de plasma Côme Côme Côme qui n'a besoin que de sa fierté.
Tu le suis ; tu l'écoutes déblatérer discrètement -t'observes sa manière de marcher, tu n'avais jamais vraiment fait attention. Il fait de ces amples mouvements peu naturels ah, ça te fait penser aux chevaux de dressage aux encolures bien trop courbées aux crinières tressées aux poils lustrés. Et tu attends. Ça paraît long, quand il n'est plus là.
Mais il revient et les couleurs aussi ; et il continue de parler -ça te fait rire, ce qu'il dit aussi, sans que tu ne cherches à le cacher. J'ai pas encore mangé, non. Et tu enfouis tes mains dans tes poches, parce que tu ne sais pas quoi faire avec elles de toutes manières. Et si tu veux, je peux cuisiner. Je préfère ça que de me faire empoisonner, tu vois. Toi aussi, t'as les yeux qui pétillent -ce n'est pas méchant, de toutes manières, il a lui-même dit qu'il ne savait pas y faire. Tu notes en silence toutes les informations qu'il t'a donné mais ça t'es égal, de toutes manières. Ce n'est pas pour son argent ni sa pauvreté que tu es ici. Lui non plus, tu crois bien.
Tu t'infiltres dans la cuisine, t'affaires à natter tes cheveux comme à ton habitude -elle commence sur le bord de ta tempe et finit dans ta nuque en une queue de cheval ridicule ; qu'importe. Tu te tournes vers lui. T'as quoi en stock ?




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ANOESIS

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2016-02-08, 18:46
Tu te rends compte - mais un peu trop tard - que tu viens sans doute de sortir quelque chose de ridicule, à ses yeux. Te voilà encore à plaquer des conceptions de jeune riche sans égard pour ton interlocuteur ; tu ne t'en veux pas vraiment parce qu'il est pauvre (il l'est forcément, selon tes critères) et qu'il pourrait en concevoir de la jalousie, mais précisément parce qu'il ne t'enviera pas. C'est la première fois que tu te rends compte que le fait d'avoir quelque chose peut être moins valorisant que d'être quelque chose. Avoir un cuisinier, être capable de cuisiner par soi-même. Autrefois, tu aurais choisi le premier sans problème. A présent, tu hésites plus. Au fond, n'est-ce pas un aveu de faiblesse ? Ne va-t-il pas te prendre pour un assisté incapable de se débrouiller par lui-même ? Tu n'avais jamais pensé ainsi, avant. Avant, tu aurais pensé que ta richesse excusait tout. Mais tu le possèdes plus, et face à lui, tu te sens affreusement nu. Tu n'as rien à lui proposer. Absolument rien. Tu te sens vide. Tu voudrais lui faire découvrir quelque chose, mais c'est déjà voué à l'échec. Parce que tu n'es pas assez talentueux, pas assez doué. Mon dieu, mais que va-t-il penser de toi ? Il doit te trouver si guindé, si convenu - qu'est-ce qui peut bien le pousser à vouloir rester avec toi, en fait ? Tu n'as rien d'exceptionnel. Tu es arrogant, mais ton orgueil ne se fonde que sur du vent. Tu es prévisible, tu n'as aucune personnalité. Loin de toi l'idée de te dénigrer - avec ton ego, ça te serait tout simplement impossible -, mais tu as l'impression qu'il fait de la charité. Comme s'il avait remarqué quelque chose dans ton attitude, et qu'il n'avait pas le cœur de te rejeter. Ce doit être la seule solution envisageable. Sans doute est-ce pour cela qu'il te suggère de cuisiner à ta place. Un élan de pitié dont tu te serais bien passé.
Ton regard est curieusement terne en comparaison du sien. Tu n'oses même pas l'observer plus longuement que tu ne l'as fait, par peur de déceler un signe de moquerie, de condescendance. Tu te sens démuni face à lui ; tu sais que s'il t'attaquait, tu ne te défendrais pas. Tu n'en serais même pas capable.
« Je n'ai jamais empoisonné personne, pour ta gouverne. » : fais-tu remarquer, parfaitement sérieux.
Mais tu n'insistes pas, tu n'es pas du genre à engager des batailles que tu es certain de perdre. Tu ne sais même pas pourquoi tu as voulu lui faire cette réflexion. Une tentative pathétique pour essayer de conserver un peu de dignité, peut-être ? Il n'a sans doute pas eu conscience du poids de ses mots ; il ne pouvait pas savoir que toi, Côme Kowalski, si fier de toi, de ta fortune et de tes origines familiales, tu pouvais te sentir inférieur à lui. Et peut-être est-ce mieux s'il l'ignore.
Une fois dans la cuisine, tu le contemples en train de se natter les cheveux ; tu n'arrives pas à détourner le regard de ce spectacle, de cette cascade autrefois d'un blanc pur et désormais d'un noir ténébreux mais toujours aussi lisse, toujours aussi brillante comme s'il venait de se servir de ton shampooing, et dans lesquels se glissent ses doigts pâles, et ce damier qui t'hypnotise, et ton regard qui baisse vers sa nuque en te disant qu'ils ont un peu poussé depuis, et ton regret que cette queue de cheval ne libère pas totalement l'étendue laiteuse de son cou et encombre ton champ de vision, et ce besoin de baisser encore le regard et. Non, Côme, arrête, franchement. Il te regarde, là, et tu restes un moment bêtement silencieux, incapable de comprendre la signification de cet instant (si ce n'est, peut-être, que tu ne désires pas que cela se reproduise, jamais, en aucun cas.)
Tes lèvres forment le premier mot qui te traverse l'esprit.
« Des pommes de terre ? »
Tu ne sais même pas si tu en as. Sans doute que si, de toute façon, tu es du genre à avoir un frigo bien rempli, et à devoir jeter souvent parce que tu ne consommes pas tout. Oui, tu gaspilles, Côme, c'est mal, et tu en as conscience ; cependant, tu n'as jamais réussi à te défaire du besoin de manger ce que tu désires au moment où tu le désires. Que faire si tu as envie de manger de la langue au moment où tu n'en as pas ? Vraiment, ce serait le drame. Bien sûr, tu n'as pas de tout dans ton garde-manger, mais tes réserves ne sont vraiment pas celles d'une personne vivant seule. Te ressaisissant, tu t'approches du frigo et tu ouvres la porte, observant l'intérieur d'un air profondément sceptique - comme un homme habitué à l'abondance, et qui fait volontiers la fine bouche.
Uniquement des produits frais, telle est ta devise sur le plan alimentaire - et tu fais toujours attention à la qualité des aliments.
« Viens voir si quelque chose t'inspire. » : dis-tu, ne te sentant toi-même pas très inspiré.
Qu'avais-tu prévu de faire, déjà ? Tu ne t'en souviens plus. Pas quelque chose de trop long, tu n'as pas envie de commencer ton déjeuner après quatorze heures. Oh, et qu'importe ? Avoue-le, Côme, peu importe ce qu'il veut faire, tu auras envie d'y goûter.
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2016-02-08, 20:19



ft. côme
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I don't like to wait too long (to wait too long, wait too long)
Tu ne cuisines presque jamais, chez toi. Tu trouves ça triste, de se faire à manger seul, de ne pas partager -alors souvent, tu ne manges rien du tout. Tu fuis ton appartement comme on fuirais la peste ; quand tu ne cours pas tu traînes près du canal ou chez d'autres, encore encore encore. Et chez eux, tu aimes bien cuisiner. Il y a cette ambiance étrange quand on prépare pour d'autres, comme une manière de mettre tout ce qu'on ne peut pas dire en mots dans des gestes dans des résultats dans des j'ai essayé, promis. Pfff, je rigolais. J'sais que si t'avais voulu me tuer, tu l'aurais d'abord fait avec tes yeux revolvers. Et tu regardes l'espace qu'occupe cette cuisine ; elle est spacieuse pour sûr -et elle doit tout avoir dans les fonds de ses tiroirs, oubliés par son propriétaire. T'allais remettre tout ça au goût du jour, tiens.
Des pommes de terre. Certes. Mais encore ? T'as l'impression qu'il phase, qu'il se perd quelque part et t'attends qu'il redescende sur Terre avant de lui répondre -mais monsieur s'avance plutôt, te montre son frigo et. Ok. C'est à toi de bloquer face à tout ce qui s'y trouve alors qu'il est seul. Enfin -à moins qu'il ne t'ai pas tout dit ; il n'est pas obligé, après tout. Mais ta curiosité ne te laisse pas tranquille, non. Woah, tout ça pour toi ? Tu ris, parce que ça te paraît impossible ; tu ris, parce qu'en réalité, tu ne veux étrangement pas connaître la réponse. Bon, ok. Farine, sucre, levure, sel, lait, beurre ? J'vais te faire un truc de mon pays, eh. Tu ouvres un tiroir au hasard -ah, des couverts. Tu tentes un autre -des culs-de-poule, juste ce que tu voulais. T'en sors la pile, et tu te retournes en t'appuyant sur le rebord de l'îlot. Bon. Tu peux te mettre à peler les pommes de terre, si t'en es capable, petit prince. Et même les couper en cubes, si ça t'arraches pas les ongles. Tu lui tires la langue et en profites pour enlever ta veste ; tu commençais à avoir chaud. Tu continues à fouiller dans toute la cuisine -en oubliant de fermer les tiroirs, évidemment. Ce que tu ne fais absolument pas exprès, voyons. Non. Du tout.
T'en profites pour sortir quelques ustensiles en plus, tu t'assures aussi d'encore connaître la recette -mais tu la connais, par cœur. Il y a un tout ce qu'il te faut sur le plan de travail, maintenant, sauf la nourriture ; tu te laves les mains -ça peut paraître étrange, venant de toi, mais c'est important pour toi. Et puis ton regard retombe sur lui. Ah. Oui.
Tu t'avances pour lui attacher les cheveux -lui aussi, il a droit à une natte, parce qu'on sait tous qu'il faut avoir les cheveux attachés quand on cuisine. Ah, je devrais t'apprendre à faire ça, vu le nombre de fois où je t'en fais. Tu te retournes vers l'évier pour te laver les mains. Allez, toi aussi. Parce que oui, tu peux même être trop pointilleux pour un Côme, et tu comptes presque lui prouver.




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ANOESIS

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2016-02-08, 21:35
En fait, le problème, c'est peut-être le suivant.
Alex est dans ta cuisine.
Dans ta cuisine.
Et il a promis de te faire à manger.
A toi.
Tu as conscience de te comporter comme un idiot depuis le départ, juste parce que pour toi, ça ne te paraît pas réel. Il doit y avoir erreur sur la marchandise. Quelqu'un comme lui ne pourrait pas avoir envie de perdre du temps avec toi, n'est-ce-pas ? N'a-t-il pas l'impression qu'en agissant ainsi, il ne vaut pas mieux que ce cuisinier interchangeable que tu désires avoir pour combler tes défaillances, et auquel tu n'as au fond jamais accordé beaucoup d'attention en tant que personne ? En fait, non. Aussi bizarre que cela puisse paraître, avec lui, la cuisine ne semble plus être une activité contraignante tout juste bonne à laissée à ses subordonnés. Tu dois l'admettre, Côme ; sinon, il va falloir que tu le stoppes avant qu'il ne continue.
Même le contenu de ton frigo semble le faire rire ; c'est que tu es un cas, Côme. Tu te demandes même pourquoi ça ne le fait pas fuir. Tu hausses les épaules, essayant de te donner une contenance. Tu peux toujours essayer de lui expliquer, de toute façon, ça ne peut pas aggraver ton cas, n'est-ce-pas.
« Histoire d'avoir du choix, tu sais. » Mais tu souris en même temps, tu te rends bien compte que c'est encore une de tes bizarreries et - arrête de penser à tes défauts, Côme. Vraiment. Là, ça devient beaucoup trop. Tu te sens peut-être impressionné par lui, et tu as sans doute raison de remettre en question tes valeurs, mais cela ne veut pas dire que tu dois te nier pour autant. Pendant qu'il s'éloigne en ouvrant tous tes tiroirs, tu en profites pour inspirer profondément. C'est qui, le beau parleur ? C'est toi, non ? Alors agis comme tel. Contrôle ta parole. Essaie de créer un échange. Détends-toi, relâche tes épaules et relève la tête. Tu refermes la porte du frigo derrière toi, et lui demande :
« Oh, c'est vrai. Tu ne m'as jamais dit quel était ton pays. Est-ce un secret ? »
En dehors du fait qu'il venait probablement d'Europe - cela vous faisait des origines communes -, tu n'avais aucune idée de l'endroit précis. Et ça te travaillait, un peu ; tu n'osais pas faire des recherches de ton côté, mais d'un autre côté, tu avais l'impression de mettre de la distance entre vous. Te concernant, c'est assez facile de voir que tu es français ; ton prénom est un indice, et même si tu parles parfaitement anglais, il t'arrive de laisser quelques traces d'accent traîner dans ta voix, par pure coquetterie. Juste parce qu'il est écrit sur tes papiers que tu es de nationalité française et que tu aimes que cela se sache. C'est si clair, chez toi ; mais chez lui, cela relève du mystère...
Tu le regardes envahir ta cuisine, et c'est clair que c'est une vue inédite. Tu n'aurais jamais laissé tous ces tiroirs ouverts. Tu n'aurais sans doute jamais investi l'espace comme lui. Il a l'air tellement plus à l'aise que toi. Tellement plus homme du peuple, en fait ; mais que veux-tu, c'est un homme du peuple qui t'attire, il va bien falloir admettre que tes prétendus critères d'excellence sont bons à être mis au placard. Ce n'est pas plus mal ; ça te manquait, dans le fond. Tu aurais eu un manque dans ta vie, si tu avais continué à ne contempler que les barreaux de ta prison dorée. Heureusement qu'il est là.
Encore une fois, tu souris.
Yeux revolver, petit prince : tu aimes bien la façon dont il parle de toi. Ça te donne l'impression qu'il a compris quel genre d'homme tu es, et qu'il ne semble pas dérangé par ce fait. Douce illusion, que de se prendre à rêver qu'il voudrait bien de toi. Tu secoues la tête, lui lançant :
« Tu ne crois quand même pas que j'ai attendu qu'un manant comme toi vienne m'apprendre à peler des pommes de terre, tout de même ? Je suis peut-être un prince, mais je suis déchu, je te rappelle. »
Ou tu le lui apprends, peut-être ? Ah, c'est vrai que tu ne lui as jamais parlé de ta situation, de ton passé, de tes rêves. Tu n'es même pas sûr qu'il serait capable de comprendre ; tu as peut-être peur qu'il te rit au nez en te disant que tes problèmes n'en sont pas. En l'état, tu ne serais même pas capable de le contredire : il semblerait en effet que tu sois confronté à un problème bien plus important que le nombre zéro de ton compte en banque. Parce que tu as peut-être appris à peler des pommes de terre, mais tu n'es pas très doué pour cela. Pas nul, mais pas talentueux pour autant.
Oh, il s'en rendra bien compte et de toute façon, tu auras sans doute bien assez honte face à lui, un peu plus de ridicule ne te tuera pas.
Le temps d'aller chercher tes patates, Alex a encore ouvert plus de tiroirs et sorti plus d'instruments dont tu ne te souvenais même plus de l'existence. A se demander pourquoi tu les possèdes. Sans doute parce que tu t'en sers quand tu trouves une recette qui les nécessite. Tu ne lui as jamais dit que tu ne savais pas du tout cuisiner non plus, après tout. Tu le vois se laver les mains, puis t'observer, et il s'avance vers toi, et tu ne sais pas pourquoi, jusqu'à ce que ses mains se portent à ta tête - et tout à coup, tu te souviens, parce que ce n'est pas la première fois.
Tu retiens ton souffle.
Quand il a fini, tu portes la main à ta chevelure pour essayer d'apprécier l'ouvrage. Comme si tu y connaissais quelque chose, de toute façon. Mais ça te fait plaisir, comme pour la première fois.
« Oh non, je préfère ne pas apprendre, c'est bien mieux quand c'est toi les fais. »
Comment ça, tu aimes bien qu'il touche à tes cheveux ? Eh bien, oui. Tu aimes bien. Ce n'est pas un crime, n'est-ce-pas ? Tu as le droit d'apprécier son contact, ça ne veut absolument rien dire. Tu as toujours aimé quand les gens que tu aimais touchaient à tes cheveux, de toute façon. Enfant, une simple caresse sur la tête était une preuve d'amour si intense qu'elle te touchait au plus profond de ton âme. Tu pensais être devenu trop insensible et ne plus t'en émouvoir ; visiblement, tu t'es trompé. Tu te diriges vers l'évier, lui lançant un regard noir - démenti par le sourire.
« Tu me donnes des ordres, maintenant ? Pèle les pommes de terre, viens te laver les mains... Est-ce une façon de parler à un prince, peut-être ? »
Fais le malin tant que tu le peux, Côme. Bientôt, tu vas souffrir.
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2016-02-08, 22:27



ft. côme
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But your ego won't let you love // And your fear is your downfall
D'aussi loin que tu te souviennes, tu as toujours aimé coiffer les autres. Tu coiffais ton frère et tu coiffais ta mère ; c'était devenu une habitude des soirs où l'on ne savait pas quoi faire mais que l'on voulait être ensemble. Oh, tu crois que personne ne comprend vraiment ce que ça veut dire pour toi ; tu crois que tu ne veux pas que quiconque le sache, de toutes manières. C'est comme un secret entre vous trois. Un secret écartelé entre vos affections. Oh, tu souris ; tu penses souvent à ta terre natale, et ce n'est jamais triste. Jamais ; comment est-ce que tu pourrais l'être ? Pas quand ce qui te vient à l'esprit ce sont ces fiers volcans cracheurs de fumées ces routes enneigées et ces ports abandonnés ; pas quand ce que ça t'évoque c'est des batailles de neige et des heures à observer les rennes les chevaux les macareux les renards polaires les phoques et oh, de rêver de pouvoir nager tout comme eux. Le fait est, Somnifère, que tu as toujours été avide de liberté. Elle semble juste différente, maintenant.
Non, mais tu n'as pas demandé non plus. Et tu ne rejettes pas la faute non ; pourquoi parlerait-on même de faute ? Ce n'est pas grave. Pas important. Après tout, c'est seulement la deuxième fois que vous vous voyez. Ce n'est pas comme si ça lui importait vraiment, si ? Oh, tu ne sais pas ; qu'importe. Tu l'écoutes rétorquer et ça te fait rire -bien sûr que ça te fait rire. Tu mets le lait et le beurre à chauffer, en en rajoutant des épices que tu trouves -du gingembre, tu crois, ça fera l'affaire- et dans un autre récipient, tu mélanges farine, levure, sucre et sel. Ça te semble si naturel, c'est presque dérangeant. Manant. Je suis blessé au plus profond de mon âme, petit prince. Déchu ou pas, c'est la même chose. Tu ne sais pas s'il essaie de te dire quelque chose ou non. C'est assez étrange -généralement, tu sens ce genre de choses. Tu les sens, tu sais qu'elles sont là alors tu fait en sorte de les faire sortir mais tu ne les comprends pas ; ça t'arrive souvent, de ressentir sans pouvoir mettre de mots dessus. Anoesis. J'te donne des ordres parce que tu n'es pas mon prince, vois-tu. Parce que tu sais Côme tu as l'air inatteignable dans tes tours d'ivoire dans tes manières de te moquer en gardant la tête froide ; est-ce que tu veux parler ? est-ce que tu veux te confier ? est-ce que tu veux ignorer ? dis-moi dis-moi dis-moi.
Le lait boue. Tu te rues dessus pour l'incorporer à la farine, doucement ; c'est chaud mais tu n'attends qu'une ou deux minutes avant de passer de la cuillère à la main, directement sur le plan de travail fariné. Tu pétris comme tu l'as toujours fait -pas très doux, pas trop sauvage non plus- jusqu'à ce qu'elle te convienne. Il n'y a pas vraiment de conversation, de toutes manières tu es concentré et tu es le genre de personne à ne faire qu'une chose à la fois. Quand la consistance te plaît, tu remets la pâte dans son récipient que tu recouvres rapidement.
J'imagine que te demander d'éplucher et couper des pommes, ça serait pas trop te demander ? Enfin, sauf si tu ne prends plus d'ordres de manant comme moi. Tu lui tournes le dos exprès pour qu'il doute -enfin, quiconque te connaissant saurait que tu blagues-, t'affairant à réaliser une sauce béchamel qui allait sûrement contrarier son régime. Bah. Si jamais, tu la mangera tout seul.




ACCISMUS
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ANOESIS

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2016-02-09, 00:21
Plus tu passes de temps dans cette cuisine avec Alex, plus tu te sens à l'aise avec lui.
C'est comme si vous aviez sauté une étape et que vous étiez directement à la phase de la vie commune, en fait. Tu n'as pas du tout l'impression que c'est votre seconde rencontre - même si tu ignores encore tant de choses sur lui, et peut-être te trompe-t-il, et peut-être tout ceci n'est-il qu'un stratagème pour se venger de toi et de tes abus, et que tu plonges la tête la première parce que tu ne demandes qu'à y croire -, que c'est exceptionnel si Alex est là pour cuisiner pour (et avec) toi, et que passé l'après-midi, il repartira et tu ne le verras plus pendant un moment. Rien de cela ne compte à tes yeux : le présent est éternel - ou du moins, tu aimerais t'en convaincre. Et avec Alex, vous vous entendez curieusement bien. Tu as inconsciemment admis que cela lui fait plaisir d'être avec toi, et tu te sens plus détendu. Ou peut-être est-ce le fait de t'occuper des pommes de terre, une tâche que d'ordinaire tu dédaignes, mais à laquelle tu t'attelles désormais le cœur léger. Tu détestes cela, pourtant, la peau ne part jamais comme tu le veux et tu dois toujours repasser plusieurs fois sur une même zone pour l'avoir nette ; cependant, tu t'en sors bien mieux qu'on ne pourrait le penser en pensant que tu n'es pas doué, et bien moins bien que tu ne le devrais pour l'impressionner. Tu t'appliques, mais tu ne peux t'empêcher de jeter des coups d'œil réguliers à ce qu'Alex fait. Ce n'est pas que tu n'as pas confiance en lui, tu es simplement curieux. Tu pousses un soupir, faussement irrité.
« Permets-moi de reformuler. Me ferais-tu l'honneur de me dire d'où tu viens, Alexíus ? »
Tu utilises son prénom complet, comme pour lui dire que tu n'as pas oublié, que tu sais que c'est dans son prénom que se trouve la clé de ses origines. Comme pour lui dire que tu as vraiment envie de savoir. Parce que ça fait de lui, tout simplement ; tu as l'impression de mieux pouvoir le comprendre si tu sais où il a vécu avant, où sont ses racines, à quoi ressemble sa patrie. Peut-être que pour lui, ce n'est pas important que tu le saches. Peut-être essaie-t-il simplement de te dissuader poliment d'enquêter à ce propos - mais non, car ce serait bien plus ton genre. Tu le trouves trop sincère pour utiliser une telle manœuvre d'évitement. Et c'est ça qui est réconfortant avec lui. Il peut être dur, blessant même, en ne prenant jamais de gants, mais ses mots sont toujours justes. Vous parlez la même langue, mais vous ne la parlez pas de la même manière. Tu aimerais pouvoir être comme lui, un jour. Capable de converser sans essayer de vaincre ton adversaire. Même en ce moment, c'est ce que tu fais. Mais gentiment ; tu sais que tu ne le blesses pas vraiment, que c'est une attitude.
« Voyons, ne te vexe pas pour si peu. D'habitude, les personnes comme toi, je les appelle plébéiens ou prolétaires. Tu as le droit à ton propre surnom, de quoi te plains-tu ? »
Tu ne mens pas ; c'est vraiment ta façon de voir les autres qui n'ont pas eu la chance de naître dans une bonne famille. Manant, c'est la première fois que tu utilises ce terme ; et tu l'utilises vraiment dans son sens premier de paysan roturier, par analogie avec le petit prince que tu es censé être. Avant, tu aurais sans doute pensé qu'il était vraiment mal né, parce que sa famille n'était pas de celles qui faisaient le monde. Maintenant, tu t'amuses simplement de voir qu'il est moins aisé que toi. Mais ça ne te dérange pas. Il pourrait vouloir s'emparer de ta fortune, tu te laisserais sans doute faire - elle te paraît tellement moins précieuse que lui, alors même qu'elle a toujours été ton seul trésor. Oh, et puis, pourquoi se soucie-t-on de vos différences sociales, de toute façon ? Ce n'est qu'un jeu, à ce stade. Un prétexte pour vous chercher, pour savoir qui sera celui qui sortira la bonne réplique au bon moment. Ce n'est pas parce que tu es un prince que tu vaux mieux que lui, et tu en as une conscience aiguë.
« Aaah. Moi qui espérais que je le serais. J'aurais voulu que tu sois mon manant, au moins. »
C'est une plaisanterie, mais tu sens comme une drôle de sensation en toi - à croire que tu l'aurais vraiment voulu. Bizarre. Et tu détournes ce regard qui était resté rivé sur lui depuis tout à l'heure, négligeant totalement ton travail ; tu ne sais pas pourquoi tu aimes bien le regarder, ça te fait juste plaisir qu'il soit là. Tu avais oublié que tu n'aimais plus être seul. A présent, tu risques de ne plus aimer cuisiner et manger seul - encore par sa faute. Ah, mais qu'est-ce qu'il fait de toi, Côme ; à chacun de vos rencontres, il détruit une de tes défenses, il te rend incapable de vivre normalement. Il sera ta mort, et tu ne le comprends même pas. Non, tu es aveugle, bien sûr ; parce que ce n'est que la seconde rencontre, que les choses ne peuvent logiquement pas se passer aussi vite.
Tu te rends compte qu'il a bien avancé alors que tu n'en as pas fini avec tes pommes de terre ; enfin, il n'en reste plus qu'une seule à faire, ce n'est pas si dramatique. Tu aurais terminé si tu n'avais pas passé autant de temps à vérifier le moindre de ses faits et gestes. Il te tourne le dos, et tu ne sais pas si tu le dois prendre sérieusement. Tu désires donc de répondre avec le sérieux de la plaisanterie.
« Quand le peuple donne des ordres, c'est le monde à l'envers. Bah, c'est comme ça que ça fonctionne de toute façon, maintenant, je suppose que je peux bien t'obéir. Mais juste parce que c'est toi. Tu les veux comment, tes cubes ? »
Ce faisant, tu t'occupes de ta dernière pomme de terre. Et curieusement, celle-là, tu la réussis parfaitement bien - jamais tu n'as aussi été rapide. Un air satisfait flotte sur ton visage, n'osant pas trop se fixer, mais bien là malgré tout. Bien, tu peux passer à la phase suivante - comme quoi, tu ne lui es pas complètement inutile. Voilà qui t'apaise, juste un peu.
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2016-02-09, 21:42



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&
are you going to age with grace ? // are you going to age without mistakes ?
Et enfin, tu as l'impression qu'il s'affirme, qu'il prend le taureau par les cornes -c'est étrange, parce Côme n'est pas ce genre de personne qui doute, non, ni même qui donne cette image, mais ça ne t'enlève pas ce sentiment. Qu'il lâche ton prénom en fin de phrase, ça te fait presque rire de par son effronterie -et le ton mou digne d'un américain, aussi, même si tu ne doutes pas un instant que ses racines ne se trouvent pas ici, lui non plus. Ce n'est pas vraiment dur à deviner, tu crois ; un tel nom, un son si impérieux et arrogant -ça ne pouvait qu'être français. Tu tapais dans les stéréotypes, oui, mais parfois ils avaient du bon. Si c'est demandé siiii gentillement. Je viens d'Islande. La terre de glace. Ça te fait toujours quelque chose quand tu lâches cette information, il faut croire que tu ne t'y fera jamais -pour toi, c'est plutôt le reste du monde qui est trop vert. Ce n'est pas que tu n'apprécies pas la végétation, loin de toi cette idée, c'est plutôt que tu trouves que ce monde manque de paisibilité. De lisse de calme d'homogénéité oh de simplicité, somme toute. C'était toujours si compliqué, ici bas, que tu regrettais tes paysages monochromes ou même ces soirées où l'on ne voyait rien depuis la fenêtre, si ce n'était un tourbillon de neige qui cognait encore encore encore comme s'il voulait rentrer, lui aussi. Tu n'arrives pas à dire si tu te sens encore nostalgique ou non, s'il y a un manque au creux de ta poitrine. ((parce que ça n'en fait qu'un de plus parmi tant d'autres))
Oh, mais quel compliment, je suis comblé. Tu abandonnes les plaques de cuisson laissées éteintes pour te placer à ses côtés ; tu crois qu'un peu d'aide ne sera pas de refus -c'est que c'est tout de même du travail, tout ça. Tu tires les pommes de terre vers toi, t'appliquant à les couper à leur tour en cubes. Mais je crois devoir réduire ton espoir à néant, désolé. Et tu ris -toi ? être à quelqu'un ? C'est un concept étrange, pour sûr. Oh, tu te dis que tu finira bien quelque part, mais pour le moment, ça semble si loin si loin. Si inatteignable, comme dans un espèce d'univers parallèle et c'est presque drôle, la façon dont tu rejettes cette idée non pas parce que tu y es opposé mais parce que tu penses juste que ça ne t'arrivera pas, alors que. Alors que.
Oh, Somnifère.
A peu près comme ça ? Ils vont être crus, alors quelque chose qu'on peut mâcher facilement. Tu t'actives encore plus sur tes pommes de terre, que tu mets sur le feu dès que tu finis de les massacrer en cubes. Cette cuisson-là prendra bien une vingtaine de minutes ; le reste était déjà tout préparé, il ne manquait plus que l'élément principal. Tu te diriges vers la pâte, en prend un petit bout que tu malaxes avant de l'étaler sur le plan de travail. On appelle ça pain-feuille en anglais, laufabrauð en islandais. Le disque fait maintenant une quinzaine de centimètre de diamètre ; il est assez fin pour qu'on distingue en transparence la matière de l'établi. Tu cherches un couteau et t'affaires à découper des petits v en passant par le centre, puis à en retourner un sur deux -ton geste est constant, habitué. Aujourd'hui, tu fera des motifs simples ; ce n'est pas comme si l'objectif premier était esthétique, à ce moment-là. Tu enchaînes avec une deuxième après avoir déposé un morceau de papier cuisson sur le premier -il ne faudrait pas qu'il devienne sec, tout de même. Cette fois-ci, tu t'appliques sur un motif rond, laissant ton imagination et tes habitudes faire le reste. Si tu veux essayer, je peux finir les pommes. Et en plus, ça te permettrait de t'occuper du reste, après coup.




ACCISMUS
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ANOESIS

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2016-02-10, 16:49
Islande - et le nom du pays t'ouvre tout à coup de nouveaux horizons, et tu regardes Alex un regard neuf.
Non, tu n'aurais jamais deviné - même avec la peau pâle de ceux délaissés par le soleil, tu ne parviens pas à l'associer à la neige et à la nature endormie sous son lourd manteau. Il n'est pas de ces gens qui vivent blottis pour se protéger du froid. Et pourtant, ça ne t'étonne guère, sans que tu puisses savoir pourquoi. Alex n'est pas calme, sa tranquillité est plutôt de celle d'un volcan qui, parfois, explose pour que l'on se souvienne de son existence, pour que l'on se rappelle qu'il est en vie. Tu ne connais rien à l'Islande, mais tu as le sentiment que tout est en ordre. Il a le goût de son pays, un goût d'étranger dont tu es avide - car vraiment, cette ville, elle n'en vaut pas la peine. Et tu l'envies, d'une certaine manière. Tu rêves de mettre le pied dans ta patrie natale, de découvrir la terre de tes ancêtres - de fuir ce monde qui en attend trop de toi. Qui te fait en attendre trop de toi-même.
Alex vient t'aider à couper les pommes de terre - dans les faits, il est si rapide qu'il fait tout tout seul, mais c'est par fierté que tu préfères qu'il t'aide et non qu'il fait les choses à ta place. Tu te demandes si c'est là une de ses passions. Une - car contrairement à toi, tu ne le vois pas s'investir dans une seule chose, mais se diviser en mille, jamais fidèle, avide de découverte. En comparaison, tu n'aimes guère t'aventurer en terrain inconnu, tu as besoin de tes repères, ou tu t'effraies comme un enfant plongé dans le noir. Incapable de créer ta propre lumière. Et tu le regardes rire, te repoussant doucement et durement à la fois ; tu te demandes si. Juste si.
« Tu n'as pas l'air désolé, pourtant. » : fais-tu remarquer de façon totalement neutre, en te demandant ce qu'il a pu comprendre, et en quoi est-ce différent de ce que toi, tu as voulu dire.
Peut-être les sous-entendus ne sont-ils pas pour vous.
Peut-être serez-vous condamnés à souffrir de vos quiproquos.
Peut-être... ou tu peux aussi t'en tenir à ta résolution, t'efforcer d'être toujours honnête avec lui. Il aura déjà bien du mal à te comprendre, tant vos langages sont différents ; mais, tu auras au moins essayé.
Une fois la corvée pomme de terres (enfin) achevée, tu le regardes étaler un peu de pâte et t'expliquer ce dont il s'agit. Sans surprise, tu n'en as jamais entendu parler ; sa contrée est trop exotique pour toi, à ta grande honte. Comme si tu n'y connaissais rien sur lui en ne connaissant rien sur sa patrie - quel sentiment désagréable. Et la façon dont il travaille ses ronds trahit une longue habitude contre laquelle tu ne saurais rivaliser. Un goût de défaite envahit ta bouche ; tu détestes cela. Tu détestes cela, et tu viens de comprendre que tu détestes encore plus perdre face à lui. Parce que, contrairement aux autres, tu as l'impression que c'est ton mode de vie qui perd contre les siens ; tes décisions qui valent moins que les siennes ; tes compétences qui ont moins d'utilité que les siennes ; tes actions qui sont dépassées par les sinnes. Tu te sens attiré par lui, tu désires sa compagnie, mais tu as l'impression que sa présence t'érode, lentement, progressivement, inexorablement. Au point que tu ne sais pas si tu pourras continuer à vivre une fois qu'il ne sera plus là. Au point que, tu le sais, tu pourrais tout détruire pour ne plus avoir à souffrir de son regard.
Alors que tu essaies encore une fois de faire ce qu'il te demande, alors que tu oses (lamentablement) échouer à faire quelque chose de convenable, la pensée t'échappe :
« Ah, bon sang, je me déteste. »
Et tu comprends que c'est plus profond que tu ne le pensais jusque là. Ton orgueil t'a toujours paru ta meilleure arme ; la voilà effondrée à tes pieds, brisée par la simple compagnie d'un dénommé Alex. Et tu n'avais pas prévu cela. Tu ne peux pas te dévaloriser par rapport à quelqu'un qui n'a eu ni ta bonne éducation, ni ton parcours ; qui vit dans la misère et ne peut rivaliser avec tes attentes ; qui ne sait pas s'habiller, qui vit dans un endroit où il n'y a même pas toujours de l'eau, qui n'est pas poli - ni civil, ni raffiné. Quelqu'un qui ne parle pas ton langage, qui ne se comporte pas comme toi, qui ne connaît rien aux convenances. Tu t'es efforcé de tout apprendre, de tout faire pour être quelqu'un de bien ; il est peut-être diamant, Alex, mais il est brut. Et toi, on t'a dressé. Tu es fier de ce que tu es devenu. Tu n'as aucune raison de te dévaloriser face à lui. Et pourtant...
Tu ne comprends pas pourquoi tu as l'impression qu'il vaut infiniment plus que toi, et cela te rend malade.
Te levant subitement, laissant ton propre travail à demi-achevé - mais propre, au moins, c'est au moins une qualité qu'on peut t'attribuer -, tu enlèves ton tablier et lui lance :
« Je reviens. Si jamais c'est prêt, appelle-moi. »
Et tu quittes ta cuisine sans un regard en arrière.
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IS IT TOO LATE NOW TO SAY SORRY ?
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2016-02-10, 20:03



ft. côme
&
I hang my hopes out on the line // Will they be ready for you in time ?
Tu n'as pas l'air désolé. Non. Sûrement pas -et est-ce que tu l'étais, Somnifère ?
Il y a ce côté automatisme qui se trouvait au creux de ta langue ; celui connecté à cette partie du cerveau qui n'avait que ce mot codé en ces fréquences étranges -il devait être si habitué à délivrer ces messages chimiques que tout ce faisait si vite si vite si vite ; et ce réflexe sort comme tu passerais la main dans tes cheveux. Naturellement ; pas plus faussement, mais moins adapté, sûrement. Parce qu'en vérité, tu es toujours désolé.
Mais tu ne sais plus vraiment si tu te désoles pour les autres ou pour toi-même -parce que tu sais, Somnifère, tu perds espoir. T'es de ces gars aux esprits formatés malgré leur libertés ; tu pensais bien finir avec une routine la fin de ta vie -peut-être qu'elle serait bien différente de bien des gens, à voyager aux quatre coins de la Terre, à se balader pieds nus dans les rues plutôt que de traîner sur les plages mais qu'importe qu'importe. Le fait est que tu ne savais pas, et que quand tu ne savais pas, tu calquais sur les autres. Alors oui, tu te disais que tu devra bien appartenir à quelqu'un, un jour -et curieusement, tu détestes autant que tu adores cette idée ; t'as l'impression d'être un chien à qui on met un collier mais en même temps d'être de ces personnes qui ont réussi à attraper la chance de leur vie.
Parce que oui, tu es aussi de ceux qui croit à la chance quand ils sont allongés sous les étoiles mais qui disent aux autres qu'il faut savoir la provoquer -comme pour sous-entendre que tu y arrives oh que tu l'as déjà fait. Idiot.
Mais tu ne réponds pas à Côme. Que voudrais-tu lui dire, de toutes manières ; tu crois bien qu'il ne te comprendra pas. Ce n'est pas un manque de confiance en lui oh non, plutôt l'inverse -mais comment l'expliquer, Somnifère ? Comment faire passer l'idée qu'il n'y a aucun problème, et que s'il y en avait un, il serait tien ? ((tu ne sais pas tu ne sais pas tu ne sais pas))
Et alors que vous échangez vos tâches, il y a de ces silences calmes qui s'ancre -tu les aimes bien, ceux-là, et tu l'apprécies d'autant plus qu'il doit être le premier que tu partages avec Côme. Les autres étaient bien trop étranges pour pouvoir prétendre à ce titre. Tu le regardes du coin de l’œil ; ça te fait sourire qu'il galère autant mais tu sais très bien que ce n'est pas facile, c'est un travail de finesse et d'habitude. Tu le laisses -après tout, il est assez grand- pour surveiller le reste, des pommes encore plein les mains. Un de tes défauts, Somnifère, est de toujours vouloir tout faire au plus vite -alors tu rates toujours nombre de choses que tu aurais pourtant jugé importantes. Comme la grimace sur son visage. Comme la concentration froide, les doigts qui se contractent par réflexe oh le couteau qui hésite.
Et sa phrase claque dans l'air.
Ta tête pivote vers lui avec ces yeux qui le couvrent qui veulent traverser ses cheveux pour voir au fond de son cerveau -tu es de ceux qui disent des phrases parallèles sous le couvert de l'humour mais qui le pensent bien trop ; tu aurais pensé qu'il serait à l'antithèse de ton propre état mais maintenant, maintenant maintenant. Maintenant, rien n'est plus sûr.
Mais tu restes silencieux, parce que tu n'es pas de ceux qui mettent en avant les failles oh de ceux qui viennent y planter un autre couteau sous prétexte qu'avec une plus grande peine on ne sent plus la première, non ; à vrai dire, tu les regardes plutôt saigner avec une coupe sous leurs blessures pour ensuite leur reverser ce sang ces larmes ces petits morceaux de soi. Tu penses que rien n'est mieux guérit que par soi-même.
Mais il s'en va.
Peut-être n'est-il pas de ces gens-là.
Et il y a tes bras ballants dans cette cuisine bien trop grande oh le parfum qu'il emporte avec lui dans le tourbillon qu'a été son départ ; la fumée des plats qui cuisent et celle qui s'échappe de ta cervelle à force de trop penser. Tu n'es pas un intellectuel, tu n'es pas de ceux qui savent joliment parler non toi tu façonnes et ton plus grand bien ce sont tes doigts, de ceux qui créer et qui te portent -mais on peut les couper. Les enlever. Lui, il a des qualités cachées derrière ses orbites et oh, peut-être est-ce pour ça qu'il ne les voit pas.
Tu le laisses seul quelques instants, tu continues de croire que ce n'est pas un mal. Il faut que tu t'occupes les mains, alors tu finis ces satanées pommes et tu t'acharnes sur d'autres morceaux de pâte crue -tu fais un motif que tu n'avais pas osé faire depuis longtemps. Le fait est que tu le maîtrises à la perfection sans même l'avoir pratiqué, juste à force de la regarder -c'était le sien, juste à elle, et c'est sûrement elle qui t'as donné envie de créer.
Et brusquement tu te relèves et tu pars à sa recherche ; il n'est pas bien loin, de toutes manières. Eh, tu sais, t'as tapé dans un motif difficile. Ça fait bien quinze ans que je le fais et parfois je me rate aussi. On peut pas réussir du premier coup. Et t'es maladroit et tu le sais tu le sais tu le sais mais tu n'arrives jamais à parler jamais à faire comprendre les choses oh pourquoi est-ce si compliqué ? pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas voir ta manière de fonctionner ? pourquoi y a-t-il de ces barrières de verre et de ces hirondelles comme des ponts des passages des espoirs ? C'est pas prêt, désolé. Vraiment désolé, cette fois. Tu te cales sur l'encadrement de porte comme à ton habitude, une épaule contre le bois. Parce qu'on a commencé à deux, alors on finit à deux. Je peux te montrer, si tu veux. Mais tu ne sais pas jusqu'où va les serpents électrifiés oh les morceaux de glaciers les aiguilles lancéolées -ont-elles tout lacéré tout déchiré ?
Faut-il tout reconstruire tout reconquérir ?




ACCISMUS
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ANOESIS

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