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unlovable mess // ♥

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2016-02-10, 22:10
Tu regrettes déjà d'avoir la cuisine ; cet aveu de faiblesse ne te ressemble guère.
Pourtant, tu ressens le besoin de mettre un peu d'ordre dans tes pensées, et tu files vers ta salle de bains, où tu te passes un peu d'eau sur le visage. Les gouttes froides te donnent l'impression de t'éveiller à nouveau, comme si l'arrivée d'Alex t'avait plongé dans un nouveau sommeil duquel tu n'arrivais pas à t'extraire. Tu dois te ressaisir, Côme. Tu n'arrêtes pas de jouer avec les autres, est-ce si difficile de jouer avec lui ? De ne pas lui montrer les failles de ton masque, les endroits où il est possible pour l'ouvrir pour pouvoir te l'enlever et révéler ton visage ? Ah, c'est vrai ; si tu veux être honnête, ce n'est pas la chose à faire. Pas plus que ton éclat de tout à l'heure n'en était une. Tu gémis un peu alors que tu passes la serviette contre ton visage pour l'essuyer. Question crédibilité, tu as l'impression de t'être complétement discrédité - et tu détestes cette sensation, cette certitude que tu lui as montré une partie de ton âme en cet instant, mais une partie si secrète que tu ne pouvais pas la lui révéler, pas alors que tu ne l'admets qu'à demi-mots.
Tu relèves les yeux vers ton miroir. Physiquement, tu rends mieux que lui, c'est indéniable : tu as le teint sain de ceux qui font attention à leur santé, tes cheveux ne sont pas trop longs (oublions la natte qui est ce rappel incessant de lui, de ses yeux posés sur toi - t'altérant, te façonnant à son image, et pourquoi tu ne répliques pas, d'ailleurs ?), et tu n'es pas maigre ; tu irais même jusqu'à dire que ta musculature fait plus développée que la sienne, sans qu'on puisse t'accuser d'être une armoire. Et ta tenue a certes des défauts, mais un inculte comme lui ne les verra pas. Aies confiance de tes efforts, Côme ; ils paient. Tu ressembles à ce que tu veux être : ce n'est pas donné à tout le monde. Combien de personnes se plaignent de leur corps, désespérant de le modeler à l'image qu'ils désireraient, alors que toi, tu as superbement réussi ? Tu sais faire des choses, Côme.
Tu ne sais simplement pas si tu sauras lui montrer à quel point elles peuvent avoir de la valeur.
Tu sais que tu es enfermé dans un schéma de pensée assez particulier. Sans doute est-ce aussi son cas ; le malheur, c'est que tu as envie de lui plaire. Peut-être pas dans le sens amoureux du terme ; à vrai dire, on peut avoir attirer l'attention de quelqu'un sans l'aimer particulièrement, mais parce qu'on pense qu'elle nous apportera quelque chose. Comme d'essayer d'avoir l'oreille de son supérieur afin de pouvoir hisser les échelons. Qu'est-ce qu'Alex a à t'apporter, alors ? A part un rempart contre le vide. A part, peut-être, une façon d'occuper ton temps autrement qu'en le consommant.
Un peu vexé par cette constatation, tu sors de salle de bains et te rend dans ton dressing. Bien entendu, celui-ci est parfaitement rangé ; tu tiens ton appartement avec un grand soin, et en particulier ta garde-robe. Tu es tellement soigneux de ton apparence, car c'est ta première carte de visite. Ce n'est pas vraiment une coquetterie de ta part ; c'est un mode d'expression. Et voilà pourquoi te voilà à nouveau dans ton dressing, à faire un peu d'ordre sur des étagères qui n'en ont pas vraiment besoin. Tu évites soigneusement les vêtements rapportés par Alex, les seuls qui auraient peut-être besoin d'être repliés pour être bien rangés. Ils sont tabous.
Alex apparaît subitement sur le seuil, mais tu ne le regardes pas. Tu viens de remarquer quelques plis malencontreux sur tes précieuses chemises, et tu es en train d'en sortir certaines pour leur donner à nouveau un coup de fer. Tu comprends qu'il essaie de te réconforter, et tu te figes, les mains froissant le vêtement que tu tiens. Voilà que ta réaction a pris de telles proportions qu'il se sent obligé de venir te voir, essayer de te redonner le sourire. Dans le fond, tu es heureux de l'attention. Honnêtement. Toutefois, on ne pourra pas te changer ; tes défenses sont trop hautes, et même toi ne sais pas comment les défendre.
« Tu n'as pas besoin de faire ça, Alex, lances-tu d'un ton doux. Si je suis parti, c'est que je ne voulais pas le faire. Si je ne voulais pas le faire, c'est qu'il y a une raison. »
Comme pour confirmer tes dires, tu jettes la chemise à terre avec toutes les autres ; et tu te rends compte qu'elles se ressemblent toutes un peu, et qu'il faut avoir ton œil pour être capable de les différencier ; comme si ce n'était pas évident. Tu ramasses ensuite le tas de chemises pour aller le mettre dans le bac « à repasser », dont le niveau est curieusement bas - avec les vêtements, tu t'efforces vraiment de faire les corvées rapidement, on ne sait jamais quand tu en auras besoin.
« Je suis désolé. Mais tu passes ton temps à me montrer des choses, c'est un peu... Perturbant, si tu veux. Parfois, je suis perdu. C'est désagréable. »
Tu n'as pas envie de lui dire ; tu ne veux pas lui mentir ; alors tu expliques un peu, juste un peu, juste de quoi lui faire comprendre le fond du problème de façon élégante. Peut-être devrais-tu te souvenir que vous avez tendance à ne pas vous comprendre quand il y a des non-dits. Tu devrais alors choisir une autre voie ; mais cette sincérité-là t'effraie. Admettre ses défauts, c'est une chose ; les clamer en public, c'en est une autre, et tu n'es pas prêt, même avec lui.
Cela dit, tu retournes dans la cuisine ; tu n'as rien de mieux à faire, de toute façon. Et tu as envie d'être avec lui. Même si ça te fait mal, ou que ça te fait culpabilsier, ou que ça te déprime. Parce que sa présence te fait sourire, malgré toi, et cette joie-là surpasse toutes les autres émotions. Faible, Côme, tu es faible - dénué de la force de le fuir.
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2016-02-11, 20:52



ft. côme
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but i never change a single color that i breathe // so you could have tried to take a closer look at me
Tu ne sais jamais quoi faire quand les gens s'en vont.
Ça te frappe quand il s'en va de nouveau -il t'a laissé avec quelques pensées suspendues dans cette pièce fermée, mais tu ne sais pas non plus quoi en faire. Elles pendent, doucement, peut-être que tu essaies de les capturer mais tes yeux sont rivés au sol et tu -tu ne sais pas tu ne sais pas. Tu ne sais pas si tu as bien fait de revenir le chercher. Tu ne sais pas si tu as bien fait de rester. Tu ne sais pas si -et tout est remis en question oh tout s'enchaîne se déconstruit se reconstruit en un instant et tu te demandes ce qu'il se serait passé si tu n'avais rien fait. Peut-être que ç'aurait été pour le mieux. Peut-être pas.
Mais tu es là ; et tu ne sais toujours pas.
La douceur de ses dires te dérange, oh ç'aurait été tellement plus simple s'il avait eu cette colère au creux des mots aux creux des yeux, mais il n'a que cette délicate animosité de celles qui n'explosent pas mais qui se tassent avec le temps -de celles qui, à la fin, ne font que boucher les oreilles les veines et les gênes. Peut-être que ça te bouscule parce que ce n'est pas comme ça que tu voyais Côme mais ah, comment peux-tu dire le connaître quand ce qu'il y a de plus électrisant entre vous n'a été que de ces non-dits sans mélodie à tes tympans ?
Non, tu n'avais pas à faire ça, Alex.
Mais peut-être que tu en avais envie.
Et c'est un autre de ces silences qui t'accueille dans la cuisine ; qu'importe, tu ne fais plus attention à lui. C'est dommage, tu trouves, parce que ce n'est pas ce que tu associes à tout ça. Parce que ce n'est pas ce qu'il y a dans tes souvenirs dans ta mémoire.
Et vous étiez deux désolés qui regardaient leurs pieds ; et vous étiez deux morceaux un peu déchirés qui ne voulaient pas vraiment être réparés ; et vous étiez des aimants un peu fous un peu libres -mais juste assez pour supposer, pas plus pas plus pas plus. Jamais plus.
Tu sais, ce sont ceux qui ont le moins à montrer qui étalent le plus. Mais pourquoi est-ce que tu parles encore, Somnifère, et pourquoi est-ce que tu ressens toujours ce besoin de te rabaisser de te sous-estimer et pourquoi pourquoi pourquoi est-ce que c'est si dur de dire à voix haute qu'il y a des choses que tu aimes faire mais qui ne t'aiment pas en retour oh pourquoi est-ce que l'échec ne semble jamais être une issue ici bas et pourquoi est-ce que tu as si peur de le dire, tellement peur que tu passes par ces périphrases ces serpents d'eau douce qui ne font de mal à personne mais qui effraient qui effraient qui terrifient. Peut-être que tu peux m'expliquer ta raison. Ce n'est pas une question, ce n'est pas un ordre oh juste une proposition, un message qui sort de ton blâme et de tes infâmes états d'âme ; tu aurais cru devoir occuper tes doigts pour éviter de trop penser mais tu t'arrêtes et c'est presque étrange, de se sentir soudainement bouger dans l'atmosphère dans l'oxygène -d'avoir conscience de n'être qu'une boule de sang au milieu de ces gaz qu'on ne discerne pas.
Mais tu t'arrêtes, oui. Peut-être parce que tu as enfin besoin de réfléchir.




ACCISMUS
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ANOESIS

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2016-02-11, 23:05
Cette cuisine est tienne, et pourtant, à la voir, tu as l'impression d'entrer dans son domaine. Que ce soient les tiroirs tirés dans tous les sens, et ces ustensiles utilisés d'une façon qui t'est totalement étrangère, et ces odeurs inédites qui emplissent l'air et éveillent subitement la faim. Alex a le don de laisser sa marque sur ce qu'il touche, de te laisser un nuage de souvenirs dans lequel tu te noies. Car tu n'as jamais vraiment réussi à tourner la page, après votre première rencontre ; tu le devinais partout. Même en fumant, tu le voyais encore se dresser devant toi et t'ôter la cigarette des doigts ; tu fumes toujours autant, mais depuis, tu as cette culpabilité légère, comme un fardeau dont tu n'arrives plus à te libérer alors même que tu penses avoir briser toutes les entraves. Tu sais que tu es influençable, quand ça se rapporte à lui ; tu avais oublié que tu pouvais te laisser ainsi entraîner par quelqu'un - non, cette fois, c'est tellement pire, tu sais ce que tu pourrais perdre et ça ne te détourne pas de ton objectif.
Tu devrais briser ce silence.
Que ce soit toi, ou lui, ça ne change rien ; mais tu n'aimes pas ce silence, et tu sais que lui non plus. Pas besoin d'être devin pour le comprendre ; il y a de la gêne dans votre absence de paroles. Tu détestes cela. Tu ne veux pas que ce silence ait plus de significations que vos paroles, qu'il soit le signe de votre échec futur, de votre incapacité à vous entendre. Tu veux y croire. Tu veux espérer que vos différences parviendront à vous rapprocher, malgré tout.
Et tu ne veux pas qu'il se sente obligé de se rabaisser à son tour pour te réconforter. Tu te détestes de l'obliger à te parler ainsi, à faire attention à toi. Tu ne veux pas de sa pitié. Tu veux d'autres choses ; tu veux qu'il te regarde avec douceur, avec bienveillance, qu'il accepte celui que tu es, avec tous tes défauts (et tes qualités, si tant est qu'il soit nécessaire de le préciser), et peut-être qu'il aime cet homme appelé Côme car il ne ressemble à nul autre. Alors tu t'approches de lui ; et, maladroitement, tu le prends dans tes bras, pour le remercier de ses attentions et de sa patience. Pour le remercier de ne pas te rejeter, de ne pas te laisser seul.
« Mon dieu. Je ne sais même pas ce que j'ai fait pour mériter de rencontrer quelqu'un comme toi. » : souffles-tu aussi près de son oreille que ta taille le permet, avant de te reculer, un peu précipitemment.
Tu étais mal à l'aise, ainsi contre lui. Tu avais l'impression qu'il pouvait entendre ton cœur s'affoler à l'idée d'être aussi proche de lui ; comme si tu allais trop loin. Ou que tu brûlais les étapes. (Le moment n'est pas venu, Côme ; vous n'êtes pas encore assez intimes pour vous enlacer, mais tu le connais déjà assez pour en ressentir l'envie, même inconsciemment. Cette fois-ci, ce n'est qu'un remerciement, alors tu procèdes rapidement et tu t'éloignes avant de franchir la limite ; mais tu n'auras pas toujours cette volonté. Le jour où un autre motif te poussera à chercher un tel contact, tu ne pourras plus repartir. Et tu auras perdu - mais alors, ce sera sans doute le dernier de tes soucis, car tu auras gagné autre chose de bien plus précieux que ta fierté mal placée.) Il te faut rassembler tout ton courage pour ensuite regarder droit dans les yeux, l'air de rien. C'est presque réussi ; tu es un acteur, après tout, tu fais cela tout le temps. Mais tes yeux ne peuvent pas mentir, eux ; et tes paupières tremblent.
« Je suis désolé. En vérité, je ne supporte pas l'échec. C'est l'une des deux choses qui me font le plus peur - l'autre, ce serait peut-être ton mode de vie. Je dois être trop orgueilleux, trop exigeant envers moi-même. »
Et je ne veux pas que tu me voies échouer, mais tu ne le dis pas, tu n'en as pas encore le courage, et c'est déjà bien sincère comme réponse. Tu viens de présenter le fond de ton âme, de lui expliquer quel est ton véritable problème. Tu en demandes trop. Tu n'es pas à l'aise face aux autres qui te surprennent en situation d'échec. Tu en as un peu honte, d'ailleurs. Mais c'est toi, après tout ; tu es humain, faillible. Et tu veux qu'il te comprenne, et qu'il te dise que cela ne le dérange pas. Tu as besoin qu'il t'autorise à être vulnérable, à accepter l'échec. Parce que tu es incapable de te donner une telle autorisation, mais que tu lui offres ce pouvoir sur toi, sans même le faire exprès.
« Bien. Maintenant que je viens de me ridiculiser devant toi, on pourrait peut-être... finir ? »
Tu le lui proposes avec un brin d'hésitation dans la voix, mais on sent tout de suite que tu as de nouveau adopté ton attitude habituelle. Peut-être, cependant, est-il désormais capable de voir à quel point ta confiance a l'air forcée. Il y a du vide derrière ; tu n'avais pas l'intention de le lui montrer, mais c'est vraisemblablement trop tard, désormais.
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2016-02-12, 19:02



ft. côme
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Et peut-être espérais-tu de ne pas avoir à foncer dans le mur, de nouveau. Tu ne savais pas duquel tu parlais –celui du silence celui de vos jouvences de ces jeunesses qui s’empilent et qui tombent plus bas que terre ah de ces tours de Babel et de ces manières de croire mais jamais assez. Jamais assez.
Et peut-être te cachais-tu derrière ces excuses derrière ce faux courage pour faire des choses qui ne demandent pas d’effort –qu’est-ce que c’est, Somnifère, de parler quand c’est ce que vous faîtes déjà depuis bien longtemps ; qu’est-ce que c’est, Somnifère, de tenter quand tu sais déjà que tu vas gagner.
C’est mal. Tu le sais, ça ; mais tu ne peux t’en empêcher oh peut-être as-tu besoin de ces yeux mi-blessés mi-intéressés, de ces lueurs abandonnées ((de celui qui n’y croit pas qui crie désolé désolé désolé)), de ces regards que tu ne peux t’empêcher de ramasser ((de celui qui n’y arrive pas qui hurle son désarroi)).
Et contre ta poitrine, une chaleur –il est petit mais suffisamment grand pour que tu puisses poser ton menton sur le haut de sa tête ; ça paraît être un puzzle des plus simples : lui en toi, toi en lui. Si seulement. Il ne sait pas quoi faire de ses bras, tu devines sans efforts que ce n’est pas dans ses habitudes –et tu te demandes soudainement combien de personnes ont pu tenir Côme dans leurs bras. Sûrement pas des masses. ((et pourquoi est-ce que cette pensée te donne l’impression de te valoriser pourquoi est-ce que la sensation se fait plus précieuse et pourquoi pourquoi pourquoi ces bras ballants oh Somnifère, s’il-te-plaît, fais-lui un signe, n’importe quoi.))
Mais ses mots ricochent sur ton ego fané depuis longtemps sur des organes morts qu’il tente de raviver de réanimer avec cette décharge électrique et ses phrases joliment tournées –et pourquoi est-ce que c’est toujours quand on te complimente que tu commences à douter des autres ?
Le paradoxe, c’est que c’est peut-être l’instant où tu te sens le plus seul.
Mais il est est là, pourtant, juste contre toi ; ça ne paraît plus assez pour ta confiance affamée pour tes déboires assumés pour tes retords débridés. Oh, et il s’en va d’un coup et que veux-tu dire –c’est à ce moment que tu te rends compte d’avoir tout raté et tu t’en veux tu t’en veux un peu comme toujours // un peu comme tous les jours. Il y a ta main qui essaie de le rattraper de le capturer mais elle ne fait que se glisser entre deux mèches de cheveux –à se demander qui est le plus sauvage, après tout. Mais ils reviennent à la charge, ces longs doigts squelettiques ces pattes d’araignées ces fuseaux de charbon ; ils effleurent l’angle de sa joue si carrée, peut-être qu’ils veulent l’adoucir. Le rendre un peu plus docile, l’ombrer et lui donner plus de reliefs ; c’est cruel de penser ça, Somnifère, parce que tu sais que Côme n’est pas de ces personnages lisses. Evidemment que non ; sinon il ne serait pas là, avec toi. Il t’aurait mis dehors et il t’aurait bien vite abandonné.
Trop exigent pour sûr. Et tu ne fais pas de remarque sur ce qui s’est passé avant oh peut-être que tu pensais que ce n’était qu’un rêve qu’un songe qu’une illusion un peu étrange –mais pourquoi pourquoi aurais-tu pensé ça, Somnifère ? Oh. Peut-être que ça, tu le sais bien. Mais il paraît que ça apporte de bonnes choses, aussi. Tu comprendras si je te dis que je n’en sais rien, personnellement. Il y a un rire léger derrière tes dents cadenassées ; il y a un poids sur ton myocarde qui l’empêche de battre la chamade qui l’étouffe peut-être un peu. Merci, en tout cas. Et tu ne sais pas si tu dis merci comme merci de tout m’avoir dit ou merci comme merci de ne pas m’avoir maudit. Peut-être un peu des deux. Sûrement, même –mais il y a de nouveau ses non-dits et peut-être que tu commences à t’y faire, à lire entre les lignes. A savoir.
Et tu attrapes sa proposition au vol ; tu te retournes d’un geste et l’invite à prendre la commande des plaques de cuisson. Tu t’attèles au reste de pâte ; il n’y en a plus beaucoup mais tu commences sérieusement à avoir faim, alors tu accélères. Pourtant t’es du genre à pouvoir te retenir pendant des jours –il le faut bien, dans ton cas-, mais étrangement, tu as envie de ce repas. Tu es déjà sûr qu’il aura une saveur un peu spéciale.
Tu veux retenter ? Cette fois-ci je reste à côté. Il y a de la douceur dans tes manières de parler dans ta façon de l’encourager –tu as l’impression d’avoir récupéré un oisillon blessé qui croit ne plus jamais pouvoir voler. Mais tu lui avais promis, tu lui avais promis.




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ANOESIS

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2016-02-12, 22:56
Tu as du mal à y croire. Tu as beau être courageux, tu n'es pas téméraire. Prudence est le maître mot. Jamais de risques inutiles. Jamais de tentatives futiles. Tout ce que tu fais doit avoir une utilité, t'approcher un peu plus de ton objectif, dans la mesure possible.
Alors, c'est quoi ça ?
Tu ne comptes même plus le nombre de fois où la situation a échappé à ta compréhension, où elle te force à découvrir tous les aspects de l'existence que tu t'es efforcé de nier pendant les vingt-deux premières années de ton existence - et tu te rends bien compte qu'il y en a beaucoup. Et voilà que tu le prends de tes bras et tu lui avoues ton plus grand défaut ; comme ça, sans réfléchir ; comme si c'était naturel ; comme si c'était normal ; comme si tu avais déjà décidé qu'il était digne de ta confiance. Oh, oui, à ce stade, tu pourrais sans doute tout lui dire - trop en dire. Lui parler de tes rêves, de tes doutes, et surtout, de tout ce que tu fais de mal - le parasite, celui qui se nourrit de la peine des autres. Il n'y a rien de glorieux dans cette occupation, tu le sais, et tu appréhendes un peu de voir sa réaction. Tout ce que tu sais, c'est qu'elle ne sera pas celle que tu attendrais de n'importe qui d'autres. Ce sera la surprise, avec lui - et rien que cette pensée montre que tu n'as pas l'intention de lui cacher ton fonds de commerce bien longtemps, finalement.
Mais tu n'es pas encore prêt, tu ne sais pas témoigner de l'affection, alors même que tu la ressens. Tu aurais aimé pouvoir communiquer quelque chose, même si ce n'était qu'un sentiment de gratitude. Tu le devines plus doué que toi, malgré tout ; tu l'as senti rechercher ton contact alors que tu fuyais. Et ta joue te brûle à l'endroit où ses doigts t'ont effleuré. Douloureusement conscient de lui. Taire cet événement te semble la chose la plus prudente à faire.
Et pourquoi te remercie-t-il, d'abord ?
C'est à toi de le faire.
C'est à toi qu'il a apporté tant de choses.
« De rien. » : réponds-tu cependant, comme si ce n'était rien. Tu es doué pour nier les choses, Côme ; pour les rendre insignifiantes quand, assurément, elles ne le sont pas.
Cette fois, ton rôle est de surveiller les plaques ; tu ne sais pas trop où la cuisson des pommes de terre en est, tu choisis donc prudemment de vérifier qu'elles ne sont pas en train de brûler. Tu t'en voudrais, si elles étaient trop cuites ; tu aurais l'impression de détruire son travail. Et, c'est vrai, tu as déjà détruit les réalisations de tant d'autres ; et toutes leurs vies avec eux. Mais ce qu'Alex fait, tu veux le préserver. Dans la mesure du possible. Un homme qui ne sait que briser les autres peut-il préserver ce qui lui est cher ? Tu vas bientôt le découvrir, mais tu espères que la réponse sera positive.
Et puis il t'appelle. Il te propose de recommencer, et tu le trouves adorable en cet instant. Sa façon de te dire qu'il va t'aider sans l'énoncer clairement, en précisant simplement qu'il sera là - mettant sa seule présence en avant - te met du baume au cœur. Tu n'as pas envie de recommencer, honnêtement ; mais tu as envie de lui faire ce plaisir. Tu sais qu'il essaie de te transmettre quelque chose ; le moins que tu puisses faire, c'est te montrer réceptif.
Et tu souris - et mon dieu, c'est bien plus que de la reconnaissance que tu ressens pour lui.
« Tu n'écoutes vraiment pas que je te parle, hein ? Je t'ai dit que je ne voulais pas. »
Mais, comme pour te contredire, tu t'avances vers lui, non sans avoir éteint les plaques (c'est presque prêt, de toute façon, et tu n'es pas sûr que vous aurez l'occasion de surveiller) et refermé deux-trois tiroirs au passage (ça te stresse à un point, il ne l'imagine sans doute pas). Tu te penches vers son œuvre ; un sifflement admiratif s'échappe de tes lèvres. On sent l'habitude. Depuis combien de temps en prépare-t-il, déjà ? quinze ans ? Il doit faire ça depuis tout petit. Pas étonnant que tu ne rivalises pas avec lui. Tout comme lui ne saurait te défier sur ton propre terrain. Mais peut-être n'est-ce-pas dramatique. Peut-être est-ce l'occasion pour vous de vous enrichir. Tout le monde n'a pas cette chance : de trouver quelqu'un de si différent de vous, et qui pourtant ne vous rejette pas, qui accepte de vous ouvrir les portes de son univers et de s'immiscer dans le vôtre.
« Tu crois vraiment qu'un jour, avec de l'entraînement, j'arriverai à te rattraper ? » : ajoutes-tu d'un ton léger, lui faisant signe en même temps que tu le regardes et que tu es prêt à l'imiter (ou du moins, à essayer).
Non, ça ne te ressemble pas vraiment, tout ça. L'enlacer, lui ouvrir ton cœur puis accepter qu'il t'apprenne quelque chose. Il te change, Alex. Il te change, mais c'est sans doute en bien.
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2016-02-13, 19:31



ft. côme
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we are the reckless // we are the wild youth
Bien trop souvent on ne remercie pas les mercis. On les oublie dans un coin de notre mémoire on les tasse contre un mur on les empile comme si ce n'était que des lettres que des meubles qui ne prennent pas de place et qu'on a pas le courage de jeter. Mais il te dit de rien. Il accepte ton merci oh l'illumine le surligne peut-être ; le met en relief, lui donne de la valeur. Peut-être que tu comprends enfin quelques non-dits.
Mais il y a un autre de ces flottements oh quelque chose qui rend l'air un peu moins suffoquant ; tu es de ceux qui ne comprennent pas le refus quand il concerne quelque chose qui leur tient à coeur. Oh, peut-être que c'était parce que tu savais qu'il y avait autre chose derrière, qu'il allait découvrir d'autres petits éclats de toi s'il jouait le jeu. Et peut-être que c'était tout ce dont tu avais envie -que quelqu'un veuille te découvrir. S'intéresse à toi, à ce que tu aimes ah à ce que tu détestes et ce que tu ne connais pas -même si tu dois le forcer un peu au début. C'est pour ton bien -est-ce que ça fait de toi quelqu'un d'égoïste, de l'être pour une fois ?
J'écoute personne, tu devrais le savoir, maintenant. Et tu lui tires la langue encore une fois -à force, ça devait être ta signature, quelque chose qui ne t'appartiens plus qu'à toi. Mais il s'avance, Côme, et tu sais que tu as eu raison d'insister. Tu libères rapidement l'espace de travail ; laisses une boule de pâte trôner en son centre. Tu te décales, aussi ; et puis tu le regardes. Tu vois le haut de son crâne oh descends le long de cette natte et tu souris -toujours. Si t'essaies pas, on ne saura jamais. Et tu lui tends le rouleau à pâtisserie, comme pour sceller ultimement cet accord silencieux -pas de retour en arrière pas d'abandon dès qu'il pose ses doigts sur l'objet. Il faut voir un petit peu en transparence. Et que ce soit rond, aussi, ça serait plus pratique, de la taille des autres. Tu n'aimes pas donner des ordres quand tu en es conscient mais quand c'est d'un intérêt didactique, ça ne te dérange soudainement plus -tu changes trop vite d'avis, Somnifère.Après, ça sera plus facile si c'est bien homogène. Tu ne peux pas t'empêcher de toujours en rajouter, presque comme si tu avais peur de laisse de nouveau place à un silence un peu trop prenant.




ACCISMUS
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ANOESIS

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2016-02-13, 22:27
Peut-être as-tu légèrement peur d'apprendre, peur de te dévoiler, peur de mettre en avant tes faiblesses, peur de ne rien pouvoir faire ; peur de ses yeux qui se posent sur toi, et observent le moindre de tes mouvements, et déceleront tes erreurs, et te jugeront peut-être. Pourtant, tu ne dis pas non ; tu ne persistes pas dans ton inutile refus, parce que tu penses que ça en vaut la peine. Tu te dis déjà que si c'est lui, alors tu pourras le supporter. Par tu ne sais quel miracle. Alex n'est pas une agression. Même lorsqu'il pourrait te blesser, il parvient toujours à adoucir l'écorchure, à mettre du baume sur tes plaies ouvertes - il agit comme un remède sur toi, et tu ne le sais pas, parce que tu t'évertues à être aveugle. Tu fais preuve d'un certain courage, Côme ; peut-être pas un courage immense, car tu as déjà connu pire décision à prendre au cours de ton existence, mais du courage quand même.
Tu saisis le rouleau à pâtisserie qu'il te tend.
Jamais l'ustensile ne t'a paru aussi lourd à porter.
Il te donne des instructions, mais tu ne comprends pas vraiment. Trop abstrait, sans doute. Quand tu évolues dans un milieu que tu ne connais pas, tu as besoin de suivre un plan clair et pragmatique. Voir un peu en transparence, tu ne sais pas ce que ça veut dire. Est-ce dans le regard que tout se joue, ou bien ya-t-il une astuce ? Ton incompréhension se lit sur ton visage, alors que tu plonges ton regard perdu dans le sien. Une sensation non désagréable ; le fait de le contempler droit dans les yeux t'aide à prendre conscience de la façon dont il te considère. Il n'est pas mal à l'aise en ta compagnie, non, mais il semble craindre que le silence s'installe à nouveau entre vous. Il se montre attentif, peut-être aussi parce que tu es attentif à lui ; il doit certainement avoir conscience de l'échange qu'il y a entre vous. Ce flux qui ne s'arrête, au fond, jamais ; chaque seconde qui passe est une façon d'en découvrir un peu plus. Même vos ruptures ne parviennent à briser le fil. Tu sais désormais des choses sur lui, des choses que tu n'aurais sans doute jamais remarquées si tu n'avais pas failli te perdre à un moment. C'est dans les moments sérieux que l'inconnu se révèle.
« Wow. Du calme. Rappelle-toi que ton élève n'est pas à ton niveau. »
Tu t'appliques cependant à étaler la pâte et à essayer de conserver la forme ronde. Plus facile à dire qu'à faire ; toutefois, tu mets du cœur à l'ouvrage. Et tu es bien forcé d'admettre que c'est uniquement pour lui que tu le fais. Pas pour toi. Si cela ne tenait qu'à toi, tu mettrais les pieds sous la table et tu attendrais de te faire servir ; la faute à une mauvaise éducation, très certainement. Mais il n'est pas ton domestique, il est ton ami. Juste ami. Peut-être ami. Enfin, peu importe. Tu te rends compte qu'une part de toi bien cachée apprécie tout de même de faire quelque chose avec lui. Même si tu aurais préféré que ce quelque chose ne soit pas de la cuisine, qui fait partie de tes points faibles. En même temps, qu'aurais-tu à lui proposer ? Qu'as-tu à lui montrer, à part ton boulot ? à part ta connaissance des bonnes manières ? Tu n'es pas sûr d'être quelqu'un qui puisse enseigner quoique ce soit. Tu sais bien mieux mépriser, rabaisser les autres. Même lui, il a eu le droit à tes jugements. Et il continuera très certainement d'être la cible de tes blâmes.
« Jusque là, ça va. Mais ensuite ? Est-il nécessaire d'avoir une âme d'artiste ou ai-je encore une chance de briller ? »
Tu parles un peu trop ; ça te rassure. C'est assez amusant de voir à quel point tu peux te sentir apaisé de manipuler le langage. C'est quelque chose qui ne t'a jamais trompé. Tu sais toujours ce que tu dis, et ce que tu veux dire. Il est peut-être l'exception, ce moment où ta parole se relâche et où le sens t'échappe un peu ; mais qu'importe, tu peux encore jouer avec le sarcasme, et cela te protège. A chacun sa façon de conserver sa dignité ; toi, tu as besoin de maîtriser la conversation, ou du moins, de sentir qu'elle n'appartient pas à l'autre.
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2016-02-17, 23:37



ft. côme
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everything that you thought I’d hate.
Le fait est que, quand tu te prends au jeu, on ne t'arrête plus. C'est qu'il y a tellement de choses dans ta tête -ça fourmille et il faut bien que ça sorte, alors c'est dit mais un peu maladroitement, un peu de travers et peut-être qu'il te fait réaliser ça. Trop d'enthousiasme, Somnifère, mais il t'incline à l'embrasser quand il attrape l'ustensile avec doute -ça te prouve que tu es intéressant oh que tu as le droit d'être joyeux et peut-être que c'est tout ce que tu veux, venant de lui. De la validation. De l'estime ; qu'il arrête de se dire qu'il n'y arrive pas, aussi. Tu sais déjà que ça ne changera pas du jour au lendemain mais oh, tu as bien réussi à te pardonner quelques erreurs -alors pourquoi n'y arriverait-il pas, lui ?
Sa remarque te fait sourire et tu t'affales à moitié sur ton coin de marbre, les avant-bras collés contre la pierre -il y a un atlas sur un de tes poignets, l'autre est recouvert d'un électrocardiogramme. ((Ça te rappelle que tu vis et que tu n'es pas le seul ici.))((Ça te rappelle aussi que tout espoir est permis.))
Alors tu patientes tu observes et tu retiens ces conseils un tantinet agaçants qui brûlent tes lèvres, les paumes tournées vers le ciel et à la sagesse forcée ; et tu en profites pour continuer de détailler son visage. Comme si tu ne l'avais pas déjà assez regardé ; mais à chaque fois tu crois que tu découvres de nouvelle chose tout en ayant cette sensation de le connaître par cœur -est-ce que tu avais remarqué que sa peau était exempte de tout grain de beauté ? est-ce que tu avais remarqué que son air concentré n'est pas fait de sourcils froncés ? Peut-être. Tu ne sais plus -tout semble s'oublier si vite, parce qu'il y a toujours autre chose qui te captive.
Et puis il a fini ; tu crois que le temps s'est brusquement accéléré, à moins que ce ne ce soit toi qui te soit endormi, qui sait. Enfin, tu regardes son travail et tu retiens toutes les hypothétiques critiques que tu aurais pu faire -à quoi bon, et de toutes manières, tu n'es pas de ce genre. Tu lui laisses volontiers être celui qui fait les remarques avec cette finalité de la perfection -tu ne crois pas en la perfection, Somnifère. ((et peut-être te fera-t-il changer d'avis))
Maintenant ... Tu attrapes le couteau, lui mets dans la main et enfermes la tienne autour de la sienne -pour le guider, tu te mets juste derrière lui, de quoi pouvoir voir le plan de travail. Comme ça. Et tu fends la pâte en dessinant des v réguliers -oh, pas beaucoup, tu le laissera faire le reste- puis tu en replie un sur deux, de manière à ce que la pointe d'une touche celle baissée de la quatrième auparavant. C'est le motif classique. J'suis sûr que tu peux le dompter. Et tu t'en va -tu laisses la chaleur de sa main et tu t'affales de nouveau à côté de lui, le regard inquisiteur. Oui, tu étais sûr.




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ANOESIS

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2016-02-18, 21:14
Il te regarde œuvrer sans rien dire, et tu es totalement inconscient de ce qu'il regarde vraiment. Les yeux posés sur tes ronds, tu ne prends pas le temps de vérifier la direction de son propre regard - et cela t'étonnerait sans doute de savoir que le sien pointe un peu plus haut que tes mains, se porte à ton visage. Si tu le savais, tu le détournerais très certainement. Tu as conscience des défauts de ce visage que tu ne trouves pas beau - même si tu es forcé de reconnaître qu'il doit avoir un certain charme, malgré tout, de ce charme que l'on retrouve chez les personnes qui ne vous écrasent pas par leur beauté au premier abord, mais qui vous ensorcellent en secret, vicieusement, tel un poison qui envahit l'air et qu'on ne peut que respirer. Surtout, de son inexpression permanente. Tu sais que tu as l'air plus serein que tu ne l'es réellement. Que ta peau est pâle, trop pâle alors que tu as chaud et que tu devrais avoir les joues rosies par la concentration. Un masque peint sur ton visage : voilà tout ce qu'il pourrait voir. Tu doutes que cela l'intéresse. Voilà pourquoi tu penses sincèrement qu'il ne fait qu'observer tes gestes.
Et puis, de toute façon, toi, l'intéresser ?
Même pas en rêve.
Il pose le couteau qui va lui servir à ornir tes pitoyables cercles dans ta main, et serre cette dernière dans la sienne. Ton cœur loupe un battement, parce que tu ne t'y attendais pas. Pas plus que de le sentir tout à coup dans ton dos, pour pouvoir mieux te guider. Oui, ce n'est qu'un apprentissage, mais tu as conscience de sa présence - il dégage la même chaleur que toi, la même intensité, au point que ce n'en est peut-être pas normal. Et cela te rappelle à quel point tu as échoué à essayer de lui faire témoignage de ton affection quand tu l'as pris dans tes bras ; c'est à peine si tu as réussi à lui exprimer ta gratitude. Il ne te comprendra jamais, Côme. Personne ne peut te comprendre si tu ne laisses pas traîner des indices, si tu n'essaies pas de communiquer. Mais tu as l'habitude de te murer dans le silence, quand ça ne va pas. C'est mieux que de reconnaître que tu as un problème. Et sa présence aussi proche de toi en est peut-être bien un. Tu ne peux pas le manipuler, tu ne veux pas le manipuler ; voilà le souci.
Vos mains bougent à l'unison, et tu essaies de te concentrer sur la façon de faire le motif. Sa poigne est ferme, plus que ne le sera la tienne quand il te libérera ; on sent l'habitude et tu trouves cela mignon. Hélas, il te lâche déjà, et tu te sens comme vide. Tu as chaud et froid en même temps, un peu comme lorsque tu es malade. Tu le regardes quelques secondes, sans rien dire ni faire, et tu lis la confiance dans son regard. Et ça te donne envie de t'appliquer.
Et pendant que tu t'efforces de tracer ce motif que, tu le sais, tu associeras à lui désormais, tu te remets à parler. Le silence t'angoisse plus que de raison, et tu te rends bien compte que tout serait plus simple si seulement tu parvenais à faire ce que tu fais le mieux dans la vie. Tu es le maître des fariboles, mais ta parole se veut parfois plus profonde.
« Qui faisait la cuisine, chez toi ? » Et derrière cette banale interrogation se cache une ignorance encore plus grande - personne dans ta famille ne faisait la cuisine, après tout, et tu as appris par la suite que lorsqu'on n'a pas les moyens d'employer quelqu'un pour une tâche, il faut la réaliser soi-même. Ce qui t'a d'abord empli d'horreur, pour être honnête. « Je veux dire, cela n'a jamais été une corvée pour toi ? Devoir se faire à manger, tous les jours. Quand on est plusieurs, on peut toujours essayer de se répartir la tâche mais sinon, tout nous incombe. Je ne comprends pas. C'est tellement absurde de ne pas avoir d'argent. »
Tu ne dis pas cela pour lui, tu dis cela pour toi. C'est ta contrainte. Ton absurdité, la situation la plus paradoxale à laquelle tu as dû te confronter, et que tu ne parviens pas à résoudre. Devoir tout faire par toi-même. Tu dirais que c'est salissant, dégradant. Répéter les mêmes actions tous les jours use. Négocier un contrat, c'est plus vivant, plus valorisant, et surtout plus varié que de faire sa vaisselle ou de plier son linge. L'aspect domestique de la vie te déplaît ; tu ne t'y plies que parce que tu y es obligé. Et pourtant, c'est autour de la cuisine que vous vous réunissez encore - et tu y prends plaisir parce que c'est avec lui.
Tu continues de découper, encore et encore, jusqu'à finir tous tes ronds. Et ton regard sombre se relève vers lui, et tu prends subitement conscient que ce n'est pas ce que tu fais qu'il observe. On dirait bien que... c'est toi.
Ce que tu voulais lui dire meurt sur tes lèvres.
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2016-02-19, 19:59



ft. côme
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don't make me sad // don't make me cry
Tu ne te rends jamais compte de ta propre insistance -et tant bien même, elle ne te dérangerait pas. Tu n'es pas de ces gens qui s'énervent par overdose d'attention oh non, ni même de ceux qui sont sujets à la colère tout court -tu laisses ça aux autres, tu as déjà assez donné. Oh, peut-être qu'au fond, il y a des traces de cet ado qui perd tout contrôle quand il crie, mais il s'étouffe lui-même dans les remords qu'il croise au fond de ses pupilles, le matin. Le matin, le midi, le soir, la nuit quand il ferme les yeux et que ses paupières servent de miroir à remonter le temps, oh même la journée quand on lui dit qu'il a de beaux yeux -parce que ce ne sont pas que les siens. Parce qu'on les lui a donné, et que peut-être à la fin, il les a volé ; petit garçon en colère.
Plus maintenant. Alors il change de cheveux comme on change de chemise, comme s'il cherchait son identité oh une vision qui le dérangerait moins -il a essayé de mettre de lentilles, un jour, ce petit garçon, mais il n'a pas supporté sa lâcheté non plus. Quel étrange petit homme.
Bien sûr qu'il est toujours là -mais moins. Maintenant, tu ne te fais tes couleurs que deux fois tous les mois et c'est à travers tes fantaisies que tu essaies de te détacher ; c'est comme si on t'avait attaché de force à une bouée de sauvetage et que tu tentais à tout prix de couler, de la percer. C'est triste, de croire qu'on ne mérite plus rien mais de devoir rester quand même.
Et tout ça à cause d'une simple petite question. Ce n'est pas sa faute, à Côme, tu le sais, tu le sais mais tu ne peux pas t'empêcher d'avoir ces yeux dans le vague et des mâchoires qui se resserrent, les pensées qui s'atterrent. Et en quoi ça te surprend, Somnifère ? Tu l'avais cherché. Tu l'avais cherché et tu le savais pertinemment ; tu cherches le bâton pour te faire battre et après tu pleures en silence pendant des heures et des jours, mais tout à l'intérieur seulement. Toujours à l'intérieur.
Mais il continue, Côme, et ça te sort de tes pensées morbides -réponds, Alex, réponds. Oh, on la faisait tous ensemble, toujours. Ma mère, mon frère, ma sœur et moi. T'as comme une nécessité de les citer, comme un besoin irrépressible d'esquisser leurs silhouettes dans l'esprit de Côme -et tu ne te rends même pas compte que tu lui livres ton état d'orphelin de père, peut-être parce que ça ne t'a jamais traversé l'esprit. De toutes manières, tu ne l'as même pas connu. Le seul moment où ça te dérangeait, c'est quand tu voyais ta mère se mettre à l'écart en pensant que personne ne l'entendrait pleurer. Je crois qu'on était heureux de faire quelque chose tous ensemble, et pour chacun d'entre nous aussi. Tu sais, offrir quelque chose avec nos doigts, essayer au moins. Et il essaie, Côme ; tu regardes un instant ses doigts œuvrer -c'est maladroit, non naturel mais il s'en sort- et ton regard est de nouveau attiré par ses yeux. Ses galaxies à part, sans soleil -sans planète viable. Peut-être que tu rêves d'y allumer une étoile. De la rendre vivante. Brûlante.
Mais il relève les yeux -c'est un de ces contacts qu'on ne sait pas décrire qui se fait, à travers l'air entre vous deux, et peut-être bien que ta nuque s'hérisse tant tu es captivé, et peut-être que tes idées se mélangent tant tu es désespéré. Maintenant, ce n'est plus vraiment possible. Et tes lèvres te brûlent oh comme si tu avais envie de confesser tout le mal que tu as juste au creux de ton torse, entouré de tes côtes et contré par ta colonne vertébrale -comme une envie de le dégoûter de le faire te détester pour confirmer la propre haine que tu t'envoies dans la face ; mais tu ne veux qu'être apprécié, Somnifère. Quel paradoxe. Quel paradoxe -et tu ne le connais pas tu ne le connais pas mais tu veux qu'il efface ces autres sons tu veux qu'il dise ton prénom et qu'il raie tous ceux qui l'ont dit avec haine avec ressenti avec désespoir et et et tellement d'autres choses que tu ne peux pas mettre en mots.
Mais comment pourrais-tu lui demander ça ?
Alors tu romps le contact. C'est abrupte, sans préventions ; tu repars vers ces plaques de cuisson et commence à faire frire ces fichus pains. Quelle idée, Alex, de faire ça -de te remémorer les moments heureux quand ils sont morts et enterrés.




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ANOESIS

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2016-02-20, 22:24
Tant que tu ne le regardes pas, tout va bien. Tu l'écoutes et tu concentres essentiellement sur sa voix, sur la façon dont il la module, sur le choix des mots. Tout le monde sait que c'est une analyse fort instructive, malheureusement rares sont ceux qui parviennent à savoir comment s'y prendre. Et c'est tant mieux, penses-tu ; tu serais fort ennuyé si tout le monde était capable de lire dans les voix. Heureusement pour toi, c'est une science difficile ; même toi, tu ne la maîtrises pas totalement. Il y a encore tant de détails qui t'échappent. Toutefois, s'il y a une chose dont tu es sûr, c'est qu'il y a un fond de douleur dans la voix d'Alex. On sent le regret en lui, et tu te dis que sans doute lui aussi regrette un passé qu'il considérait comme meilleur - même si tu ignores pourquoi. Est-ce parce qu'il a perdu sa famille - au demeurant, la façon qu'il a de tous les citer t'interpelle, et si tu ne te rends pas forcément compte qu'il y a absence du père (il pourrait lui en vouloir pour une raison inconnue, ou l'avoir perdu, pour ce que tu sais), tu te rends bien compte que ce sont des gens qui comptent à ses yeux. Et ça te fait quelque chose, dans le fond. Peut-être comme si tu sentais une fissure se former sur la glace, une fêlure qui n'aura peut-être aucune circonstance mais qui peut aussi tout briser. Tu es seul. Il ne l'est peut-être pas, peut-être pas autant que toi.
Es-tu déçu ?
Non, pas vraiment - une part de toi peut-être se rassure de savoir qu'il y a des gens qui comptent pour lui, des gens avec qui il a partagé de bons souvenirs. Ce n'est pas ton cas. Et ce n'est même pas parce que tu es un idiot et que tu as décidé que tu ne les verrais plus - dans le fond, tes parents n'ont jamais été des plus aimants, et tu étais déjà seul dès l'enfance, sans que tu ne t'en rendes vraiment compte. Maintenant, tu sais.
Es-tu déçu ?
Bah, tu as le droit de te tromper sur son compte, c'est peut-être mieux de ne pas tout savoir sur lui, d'en avoir encore à découvrir même sur ce que tu pensais savoir. Au final, c'est une connaissance précieuse, de savoir qu'il y a des gens dans son cœur. Ça le rend humain, tellement plus humain que toi.
Beaucoup de peut-être, au final, mais peu de certitudes.
Tu as relevé les yeux, maintenant, et tu n'arrives plus à parler. Trop de pensées se bousculent dans ta tête, tu ne te sens même pas capable de toutes les isoler, d'en chercher la cohérence. Tout cela, parce que ses yeux sont posés sur toi - et combien de secrets as-tu révélés sans le vouloir sous ses yeux observateurs ? Combien de fois as-tu eu l'occasion de te discréditer ? Est-ce que tu le fascines ? Est-ce que tu le fascines comme il te fascine ? Est-ce qu'il... oh, inutile d'aller plus loin, il se détourne et tu ignores pourquoi une douleur jaillit dans ta poitrine. Tu le regardes, et le silence règne pendant plusieurs minutes parce que tu ne sais pas quoi faire. Tu es perdu, Côme. Ce n'est pas un stupide jeu, pas une cible à abattre, juste un homme que tu aimerais amener à t'apprécier pour ce que tu es. Tu détournes aussi le regard ; tu as peur de l'endroit où tes yeux dériveront. Au lieu de cela, tu entreprends de mettre de l'ordre dans la cuisine, de nettoyer tout - ça t'effraie un peu, d'effacer les traces de son travail et de votre collaboration, mais il le faut bien, après tout - et d'aller mettre à table dans la salle à manger - non, tu ne mangeras pas dans la cuisine, ce n'est pas digne de toi.
C'est quand tu reviens que tu oses enfin rompre le silence et lui demander :
« Pourquoi ce n'est plus possible ? Si ce n'est pas indiscret. Je ne sais pas ce que c'est que d'avoir des gens qui t'aiment vraiment, mais si j'en rencontrais, je n'aurais sans doute pas la force de les quitter. » (Je n'ai déjà pas la force de te lâcher, peu importe le nombre de fois où je me dis que je ferais mieux d'abandonner.) « Tu n'es pas obligé d'en parler, cela dit. »
Bien sûr, tu voudrais qu'il le fasse - mais uniquement s'il s'en sent à l'aise. Tu sais que tu ne parlerais pas de ton propre passé à n'importe qui. Mais il n'est pas n'importe qui, Alex, tu le devines. Tu as au moins compris qu'il revêt à tes yeux une importance extraordinaire, et tu te sens capable de lui parler de toi. Du vrai toi. Du secret que tu t'efforces de garder par devers toi au point de préférer la mort à sa révélation.
Parce qu'il t'a regardé comme tu voulais, inconsciemment, qu'il te regarde.
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2016-02-21, 21:19



ft. côme
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there is so much there instead of all the colors that i saw
Et c'est étrange, Somnifère, cette manière de parler de te rétracter mais de chercher son regard ses interrogations -oh, on dirait presque que tu veux te confesser. C'est tentant, parce que qu'est-ce que tu risques ? C'est un étranger. De ceux qu'on croise et qu'on oublie, de ceux qui nous sourient et à qui on répond, de ceux qu'on classe déjà dans les autres et qu'on sait ne pas pouvoir comprendre. Mais t'es là, Alex, avec ces sourires idiots et ta naïveté de toujours, ton envie de nouveauté comme pour te prouver que tout ne fane pas trop vite au fond de tes entrailles, que des roses peuvent pousser.
Oh, peut-être que Côme est plutôt un hibiscus.
Et tu fais frire les ronds de pâte à la chaîne ; vous aviez l'habitude de les manger les uns après les autres mais tu ne veux pas t'éloigner du mur oh risquer de croiser son regard son odeur ses cheveux de corbeau et sa peau de neige -peut-être est-il comme un volcan de votre pays, dans son manteau éternel et sa magie féerique oh peut-être que c'est pour ça que tu peux le regarder pendant de trop longues minutes et ne pas savoir t'arrêter et ne pas être dérangé ; ça t'est naturel.
Oh, peut-être que Côme est plutôt un lychnis.
Et il n'y a plus rien à faire plus rien à faire à part abattre tes démons ; alors tu te retournes // mais non non tu ne peux pas et ça te serre la gorge ça te comprime les cordes vocales ce n'est pas toi pas toi pas de ta faute ((promis, Côme)).
Tu amènes tout jusqu'à la table ; il y a du vide dans tes yeux absents mais tes mains connaissent le chemin, disposent les pommes et la sauce -peut-être qu'ils cherchaient des mots, mais ils ne les ont pas trouvé ((les trouveront-ils seulement un jour ?)).
Oh, peut-être que Côme devrait être un laurier-rose, et toi un iris jaune -mais ce n'est pas ce que vous êtes. Jamais.
Disons que ma mère n'est plus disponible. Mais tu ne les as pas quitté comment aurais pu les quitter les abandonner -tu leur as donné de nouvelles possibilités, des moyens d'avancer parce que tu n'es qu'un boulet qu'on traîne du bout de sa cheville oh tu as toujours été un enfant à problème, regardes-toi devenir un homme à soucis. Et qu'il y a d'autres choses qu'il vaut mieux ne pas savoir. Et ta mâchoire est si carrée si crispée ; ce n'est pas froid comme réponse oh juste honnête mais Alex, pourquoi ? pourquoi, s'il n'est personne de toutes manières ? pourquoi s'il semble ne pas pouvoir comprendre de toutes façons oh pourquoi, alors que personne ne le croira jamais si d'aventure, il allait le crier sur les toits ? Et tu ne sais pas, ne saura que plus tard mais tu as ce regard baissé sur ton repas fumant et ce mal de crâne ce dérangement au creux de la nuque -tu défais tes cheveux, ils tombent sur le côté de tes pommettes. Tu as tellement essayé d'éloigner cette histoire qu'elle te colle à la peau, qu'elle transpire par tes pores et oh, pour rien au monde tu guérirais cette maladie. Tu sais pas, hein ? Tu replies ton pain en deux, doucement pour ne pas te brûler. C'est bien, je crois, comme sensation. Parce que tu n'en es plus vraiment sûr et que tout s'est mélangé oh que tu revois ton frère et ses regards noirs, ta sœur et ses rasoirs pour les enfoncer dans leurs visages d'enfants encore insouciants.
Et tu regardes encore ton assiette -c'est comme si tu pouvais entendre des rires, au loin, alors tu décides de sourire. Oh, il n'est pas faux, juste un peu triste. Et on mange avec les doigts. Sur ce, tu lui voles ses couverts et t'attaques avec ton faux enthousiasme à ton plat.




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ANOESIS

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2016-02-22, 19:07
Les plats arrivent, et tu parviens à t'arracher à ta contemplation d'Alex pour les observer. Tu es presque sûr que c'est beaucoup plus simple que ce que tu aurais exigé d'habitude ; des saveurs profondes, sans doute, mais peu complexes. Pourtant, ça te tente plus que la carte d'un grand restaurant, en cet instant. Parce que ça vient de lui, et bizarrement, ça prend une autre valeur. Tu commences à comprendre, Côme, que le plus important dans l'existence, ce n'est pas l'excellence de ses compétences, mais le cœur que l'on met dans ses actes. Est-ce que quelqu'un t'a déjà préparé quelque chose, à toi, pour te faire plaisir ? Dans le fond, non ; tu n'es même pas capable de t'aimer comme il le faut, pourquoi un autre le ferait-il à ta place ? Eh bien, Alex le fait, lui. Et c'est avec révérence que tu observes cette table de salle à manger, faite pour accueillir du monde, mais où tu as toujours dîné seul. Le fait de voir deux assiettes, deux verres, tout cela te met du baume au cœur.
Et te rappelle que vraiment, la solitude, ça te pèse.
Tu ne pensais pas qu'il t'expliquerait les tenants et les aboutissants de son passé, ni qu'il se tairait complètement. C'est donc sans surprise que tu l'entends parler de sa mère. Tu comprends qu'elle est absente ; la formulation, trop prudente, implique que c'est un sujet douloureux, et qu'il ne veut pas en parler. Tu ne dis rien, te contentant de l'observer, sans bouger, ravi par la vision d'un Alex au passé difficile et non dénué de souffrance. Ça te fait mal. Même si tu ne fais rien. Tu n'as pas envie que sa vie soit triste. Tu veux qu'elle soit heureuse, aussi belle que son sourire lorsqu'il pose les yeux sur toi. Mais tu ne l'ignores pas, Côme, tu as bien vu que l'existence avait laissé sa trace sur lui. Sa maigreur est trop forte pour être saine ; il a un peu l'air malade, Alex, mais pas trop non plus. Il est plutôt dans un entre-deux, oscillant entre vitalité signe de bonne santé (sa façon de courir, de bouger, de passer par dessus ton muret - et d'ailleurs, n'a-t-il pas grimpé jusqu'à ton étage ?) et signe d'une déchéance future (que tu souhaiterais arrêter, si tu en es capable, s'il te laisse faire). Il a les traits marqués de ceux qui ne sont pas assez lourds ; comme une plume légèrement malmenée sur le bord, fragile, menaçant de se rompre. Tu n'aimes pas cela. Tu aimes encore moins apprendre qu'il y a des circonstances qui pourraient le pousser vers le malheur. Et, alors qu'il te pique tes couverts, tu ne songes pas à protester. Peut-être parce que tu ne t'en rends pas vraiment compte. Ta main se porte sur la sienne, pour couper son geste, caresser ce poignet osseux et tatoué - il n'est pas immaculé, Alex, c'est manifeste.
« Non, tu as raison, dis-tu d'une voix basse, un peu rauque. Je ne sais pas. Je ne peux pas comprendre. Je n'ai jamais aimé ma propre famille. »
Et tu sens, en disant ces mots, que tu dis la vérité - et c'est presque blessant. De te dire que toi, tu n'as jamais aimé personne. Même tes ex n'avaient pas de réelle importance à tes yeux. En fait, il est sans doute celui à qui tu t'es le plus attaché. Ton premier ami, comme tu le dis toi-même. Mais peut-être qu'il est plus que cela, peut-être est-ce pour cela que tu t'inquiètes sincèrement pour lui. Tu le lâches, totalement inconscient du fait que, dans tes yeux aussi, brille un éclat de douleur.
Tu sembles enfin saisir le sens de son vol lorsque ta main se porte machinalement vers ta fourchette et que tu ne la trouves pas. Surpris, tu grognes un peu ; tu détestes manger à mains nues, c'est viscéral. L'idée que tes doigts puissent être souillés par la nourriture - même si ce n'est pas vraiment sale - te dégoûte un peu. Mais du coup, tu soupires et te saisis d'un de ses « pain-feuilles » que tu portes précautionneusement à tes lèvres. Tu goûtes. Surprenant. Tu n'as pas d'autre mot pour décrire cette saveur un peu étrange, mais qui ne te déplaît pas. Un peu comme lui, en fait. Un goût que tu ne devrais sans doute pas aimer, car il ne te correspond pas, mais que tu ne peux t'empêcher d'apprécier.
« Okay. Je reconnais que tu es pas mal doué dans le domaine. La prochaine fois, si j'essaie de cuisiner moi, je vais avoir un sacré défi à relever. »
Tu es sincère. Même si tu es beaucoup plus doué que tu ne le sembles, plus doué que tu ne le penses, tu ne penses pas être capable de mettre du cœur dans tes réalisations. Et tu sais maintenant que c'est ça le plus important, au fond. Tu es à table, avec lui, et tu te sens dans un état presque euphorique à cause de cela. Et tu sais qu'il n'apprécie peut-être pas le moment autant que toi. Que tu l'as plongé dans son passé, et tu le regrettes un peu. Pourquoi ne pouvez-vous pas être en harmonie ? Pourquoi te sens-tu si heureux ? Tu ressens une forte culpabilité à cette idée.
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2016-02-22, 22:14



ft. côme
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Tell me, Atlas. // What is heavier: // the world or its people’s hearts?
La table est grande -trop grande, et la matière est trop froide aussi ; peut-être que les deux vont bien ensemble, ici. Tu tournes le dos aux chaises vides, elles sont trop hautes dressées pour qu'on les ignore autrement et ça te blesse les yeux rien que de les voir. Il ne réagit pas, Côme, quand tu agis encore de manière enfantine, pas de suite, et oh, tu devines qu'il réfléchis. Qu'il pense qu'il analyse -Côme est ce genre de personne, tu crois. Et s'il t'attrape le poignet -celui de l'atlas-, ce n'est pas pour t'arrêter. Peut-être plutôt pour suspendre le temps, pour s'assurer qu'il t'écoute -et vous êtes comme deux idiots, à vous montrer vos blessures cachés par des tissus trop opaques pour bien les voir, à vous parler en code sans clé et à croire qu'il n'y aura pas d'impact. Mais t'es du genre têtu, Somnifère, et tu ira chercher ce qu'il veut dire -jusqu'au bout du monde, jusqu'à tous ces terres encrées sur ta peau, jusqu'à ce qu'il veuille bien te livrer sa tristesse, que tu puisses la porter. ((ça te rappelle des lettres couchées sur papier, des poèmes d'un autre ère et des dieux de pierre // "Dis-moi, Atlas // Quel est le plus lourd ? // Le monde ou le cœur des gens ?"))
Et tu ne sais pas ce qu'il lui passe par la tête ; peut-être que tu te concentres sur ses pensées pour éviter les tiennes et oh, tu as toujours été du genre fuyant, pas très courageux -mais surtout, à ne jamais le montrer. On en attendrait trop de toi, sinon, tu crois bien. Alors tu te tais à ton tour, c'est étrange cette manière que vous avez, de respecter l'autre à travers le silence, d'attendre qu'il ait fini ou qu'il bouche les trous pour colmater les blessures oh pour essayer de sauver ce qu'il reste. De se reconstruire en s'appuyant sur ce vide aussi dur que du marbre, mais pas aussi froid, ni aussi grand. Votre ambition n'est pas si grande.
(("Aucun, dirait Atlas ; ce sont mes pensées // mon corps // mes souvenirs. // Ce sont mes plus grands fardeaux"))
Et tu le vois du coin de l’œil, goûter -et peut-être que tu espères qu'il effacera d'autres souvenirs ou qu'il rendra celui-là assez fort pour les ridiculiser mais oh, tu doutes tu doutes parce que tu as cette manière de ressasser les choses, de les entasser de les rendre plus grandes qu'elles ne sont et de finalement mélanger ses priorités.
((et une voix au fond de ta tête // Est-ce que Côme est une priorité ?))
Ton poignet est tien depuis quelques minutes déjà, mais il reste à la même place ; oh, on aurait presque dit que son contact l'avait transformé en pierre trop lourde pour être porté, une Méduse du toucher, un Atlas délivré ((qui a donné son fardeau à d'autres idiots)).
Mais pas encore, pas de suite -plus tard, plus tard, ou jamais, peut-être.
Mais pas encore, pas de suite -plus tard, plus tard, ou toujours, peut-être.
La prochaine fois, mmh. Tu ne peux pas t'en empêcher oh et tes yeux de fauve de métal s'allument ; mais la vérité, c'est que tu n'osais pas le dire ni espérer // ni même y penser. J'suis sûr que tu sais au moins faire des pâtes au beurre, petit prince. Peut-être que ce surnom lui donne un univers à part oh, comme une planète rien qu'à lui, mais tout à l'air un peu plus vide, maintenant. Tu crois que tu n'es pas aussi heureux que tu devrais l'être -et tu sais pourtant que tu te forces à l'être en même temps que tu te l'interdis ; est-ce de ta faute si tu consens aux sourires ?




ACCISMUS
&
ANOESIS

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2016-02-23, 23:41
Il y a quelque chose de lourd dans l'air, un poids dont tu ne parviens pas à déterminer la raison alors même que tu es douloureusement conscient de son existence. Tu sais aussi que cela vient de lui ; parce qu'il a cette immobilité étrange, qui ne lui sied guère, lui qui s'est jeté sur son assiette avec énergie, comme pour ne pas briser son image. Tu te demandes si Alex n'est pas le mouvement, si l'absence de ce dernier n'est pas plutôt ta caractéristique ; ou du moins, si ta retenue éduquée n'est pas une forme d'immobilité ; de sorte que vous vous complèteriez bien. C'est comme s'il infiltrait ton territoire en te présentant tes propres armes ; retournées contre toi, tu ne sais pas vraiment quoi faire pour te défendre. Et ton bonheur est rongé. La nostalgie du moment l'attaque comme de l'acide, et ton seul désir, en cet instant, c'est de l'extraire de son passé pour le ramener au présent. A toi. Mais tu ne sais pas trop ce que tu lui proposes en échange de ses souvenirs ; encore faudrait-il savoir ce qu'il trouve de bien en toi. Tu saurais sans doute citer une liste considérable de tes qualités, et sans doute serait-elle juste, quoiqu'un peu poussée ; cependant, est-ce vraiment ce que lui noterait à ton égard ? Tes défauts ont-ils un quelconque attrait à ses yeux ? Est-ce parce que tu es trop faible pour le rejetter, trop faible pour te soustraire à son aura, qu'il s'intéresse à toi ? Est-ce parce que tu dis oui quand tu voudrais dire non, en te rendant compte que cette réponse positive est devenue exacte à tes yeux ? Au sommet de ce que tu ne comprends pas, il y a lui, et ce désir qu'il a de t'approcher tout en fuyant. Tu n'as pas oublié qu'il a dit : pas encore. Ce pas encore que tu aurais presque pu prendre pour un non, qui t'a laissé une blessure ouverte qu'il commence enfin à guérir, de façon superficielle.
Alors tu poses les avants-bras sur la table - élégamment, comme le fait l'homme à qui on a appris que poser les coudes sur la table est la pire insulte que l'on puisse faire à son hôte -, et tu le regardes. L'envie de le toucher te reprend de nouveau, mais le souvenir du fiasco dans ta cuisine te retient un peu. Tu ne parviendras à rien avec cette approche ; tu ne fais pas partie de ces gens qui sont naturellement à l'aise avec tout le monde, ton aisance est une construction (tellement bien faite, certes, que tu la considères comme naturelle) et le contact physique t'est encore un peu étranger. Tu ne trouves rien donc de mieux à dire d'une voix douce.
« Alex. Regarde-moi. »
C'est bien beau, Côme, mais qu'est-ce que tu vas lui dire, maintenant ? Il en a sans doute marre de regarder ton visage, il l'a déjà assez regardé tout à l'heure. Certes, avec une fascination que tu n'es pas prêt d'oublier. Mais tout de même ; en cet instant, tu ne penses pas qu'il ait envie de penser à toi. Et peu importe si l'idée te fait mal, tu préfères mettre de côté tout ton ressenti. Pour te concentrer sur lui, juste sur lui. Une chose que tu n'as sans doute jamais fait de toute ton existence ; mais tu ne prends pas la peine de te féliciter. Avec lui, ça te semble... normal. Et tes yeux glissent aussi sur son visage, de toute façon. Ses traits sont durcis par sa maigreur, mais ils ont un certain charme malgré tout. Tu ne doutes pas qu'avec quelques kilos en plus, il aurait raison de tes capacités de réflexion.
« Ne te force pas, s'il te plaît. Je suis un prince, pas un tyran. Tu n'as pas besoin de faire semblant d'apprécier le moment. Je sais déjà tout, de toute façon, tu n'as rien à me prouver. »
Tout ? Comment ça, tu sais tout, Côme ? Non, tu ne sais rien. Tu n'es même pas capable de lire tes propres réactions. De comprendre le sens caché de tes propres pensées. Comment peux-tu prétendre tout comprendre dans de telles conditions ? Tu as juste compris qu'il appréciait aussi ta compagnie ; qu'il l'appréciait probablement de la même façon que toi. Tu es observateur, après tout, et même si tu as tendance à être un peu aveugle avec lui, quand tu remarques quelque chose, tu parviens au moins à arriver à la conclusion qui s'impose.
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